L’univers étendu

Gallywix :Les dessous de l’aristocratie marchande

par Gavin Jurgens-Fyhrie

Introduction de l’auteur

Obtenir en haute résolution Ami lecteur, bonjour. C’est le prince marchand Gallywix qui te parle. Si tu tiens ce livre dans tes mains, c’est que tu aspires à devenir comme moi. Comme je te comprends. Aucun gobelin ici-bas n’est aussi puissant et dangereux que moi, et je suis tout disposé à te guider le long de la route fleurie qui mène à tous les succès.

Mais d’abord, permets-moi d’attirer ton attention sur quelques petites remarques légalement contraignantes, en toute amitié, naturellement.

Si tu lis ces lignes alors que tu n’as pas encore acheté mon bouquin, tu te rends coupable de vol ! Tu penses peut-être que feuilleter un livre sans l’acheter est une broutille sans conséquences ? Tu estimes que c’est ton droit le plus strict en tant que consommateur ? Hé ben t’as tort, espèce de crevard ! Ce sont les resquilleurs dans ton genre qui ont fait plonger ma marge bénéficiaire, l’année passée, et à cause de ça, je n’ai pas pu m’acheter le mobilier comestible dont je rêvais pour décorer la nouvelle aile de mon palais. Au lieu des canapés en chocolat massif garnis de coussins en pâte d’amandes qui seyent à mon rang, je dois me contenter de mobilier en vulgaire bois habillé de soie. Tu as déjà mangé de la soie ? Est-ce que tu sais seulement d’où ça provient ? Du cloaque d’un ver, voilà d’où ça sort ! T’as intérêt à réparer ton crime de lèse-prince marchand, mon pote. Tu vas acheter mon bouquin tout de suite et maintenant, sinon mes bazookassassins te traqueront jusqu’au bout du monde comme le sale rat d’égout fraudeur que tu es.

Quoi ? Tu ne me prends pas au sérieux ? C’est que tu ne m’as encore jamais rencontré. Sache qu’on ne devient pas prince marchand en proférant des menaces creuses. Je n’ai pas obtenu ce poste parce que mon papa l’avait avant moi, contrairement à ce planqué de roi des humains ! Si je te dis qu’en ce moment même, pas moins de trente-deux espions te regardent te mordre les lèvres de nervosité, je te conseille de le croire, l’ami.

Te fatigue pas à scruter les environs. Ils sont invisibles. Et arrête de me faire perdre mon temps tout en risquant ta vie. Vingt mille pièces d’or, c’est donné pour avoir le privilège de lire ma biographie. Et si malgré tout, tu continues à lire au-delà de cette ligne sans acheter mon bouquin, sois assuré que je consacrerai toutes les ressources de mon empire à te réduire en poussière. On s’est bien compris ?

Bien. Maintenant, tu vas être un gentil lecteur et tu vas passer à la caisse illico !

C’est fait ? Tu en es bien sûr ? Parfait. Bon, ben merci d’avoir acheté mon chef-d’œuvre, pigeon. Or donc, tu veux devenir prince marchand à la place du prince marchand ? Ben moi, je veux une armée de saccageurs gangrenés avec ma trombine tatouée sur leurs poings, mais les négociations avec la Légion ardente ont échoué, donc j’ai bien peur qu’aucun de nous deux n’obtienne ce qu’il veut.

Pourquoi tu ne peux pas devenir un prince marchand ? Mais, parce que toutes les places sont prises, et par des gobelins bien meilleurs que toi, voilà pourquoi. Tu n’es pas encore prêt, mais rassure-toi. Tu as demandé l’aide de la bonne personne.

Il y a pas mal de rumeurs qui circulent sur moi. Des rumeurs du genre : « Gallywix est devenu prince marchand en faisant éliminer tous ceux qui lui faisaient de l’ombre, en les dénonçant ou même en les vendant. Quand le mont Kajaro est entré en éruption, Gallywix était le seul à avoir un bateau et il a extorqué toutes les économies des réfugiés qui souhaitaient monter à bord. Il a entassé la fine fleur de l’aristocratie gobeline à fond de cale et a essayé de la revendre à l’esclavagiste le plus offrant. Cet ignoble usurier de Gallywix a trahi tous ses semblables pour mille milliards de radis. »

Bref, d’horribles rumeurs.

Tenez-vous bien… Ces rumeurs sont tout ce qu’il y a de plus vrai. Pourquoi m’en cacherais-je ? Je ne dissimule jamais les choses dont je suis fier. Si le monde devait exploser demain, j’achèterais la Porte des ténèbres, je collerais un péage dessus et je ferais cracher leur dernier bouton de culotte aux réfugiés qui voudraient passer. Je leur piquerais leurs dents en or, je leur volerais une bouchée de leur quatre heures et je leur ferais signer un contrat à vie les obligeant à me construire un palace orbital dans les cieux de Nagrand. On est comme ça, nous, les gobelins ! C’est la loi du marché ! Faut t’y faire !

Mais bon, t’as mis la main au portefeuille, et pour ça, t’as droit à ceci : les trois secrets du plus grand prince marchand que ce misérable caillou ait jamais porté. Ça tient en très peu de chose. En fait, si tu feuillettes le bouquin, tu te rendras compte que les trois cents dernières pages ne sont que des reproductions de vieux journaux et des recettes de petit salé aux lentilles.

Désolé, mec. Ne pas satisfaire, peut-être, rembourser, jamais !