Secret 1 : Ne laisse personne te tirer ton yop
Le jour de mes dix ans, j’ai repris l’entreprise de bricolage familiale ET le syndicat du crime de ma bourgade. C’était plus facile que de vendre un miroir à un elfe de sang. Écoute comment je m’y suis pris…
Le jour de mon dixième anniversaire a commencé comme tous les autres : mon vieux avait encore manqué de me tuer.
Pas qu’il en ait eu l’intention, non, en fait, c’était un peu ça le problème, avec lui : rien de ce qu’il bricolait ne fonctionnait jamais comme il le voulait. Et quand tu fais dans l’explosif, ce n’est pas recommandé. La seule affaire qu’il ait jamais réussi à faire tourner était située tellement loin dans le fin fond des bas quartiers de Trimeville que même les collecteurs d’impôts du prince marchand Maldy n’osaient pas s’y aventurer. Le dernier à s’être risqué s’est fait insulter, agresser, plumer comme un poulet, on l’a ficelé à un baril de poudre et on l’a renvoyé rouler aux pieds du vieux père gobelin avec une gentille lettre de contestation fourrée entre les dents.
Mon paternel considérait l’absence d’impôts à payer comme un avantage en nature. Moi, tout ce que je voyais, c’était les rues boueuses jonchées de déchets toxiques. Même les rats fuyaient le quartier. Mon vieux persistait à croire qu’il finirait par toucher le gros lot grâce à une invention révolutionnaire. Pour ma part, je savais que ce n’était qu’une question de temps avant qu’il nous fasse tous sauter, donc, la veille de mon anniversaire, j’avais décidé de prendre la poudre d’escampette pour embrasser la carrière de pirate, comme ma maman.
J’avais passé toute la nuit à préparer ma fuite et mon balluchon. Les cinq radis planqués dans la semelle de ma botte gauche me faisaient l’impression d’une vraie fortune. Le jour J, mon père s’était levé à l’aube et avait commencé à farfouiller dans son atelier en parlant tout seul. Son processus de recherche et développement comportait trois étapes : l’optimisme, le doute, puis la panique. La dernière étape pouvait vous coûter quelques doigts et de vilaines brûlures. À l’instant où je ficelai mon balluchon et le planquai sous mon matelas moisi, il en était à l’étape deux virgule neuf.
« Allez », l’entendis-je grommeler à travers les maigres murs de notre taudis. « Ça doit être un peu plus serré… encore un quart de tour… Oups ! Holà, non, NON ! STOP ! Fiston ! Lève-toi et cours te mettre à l’abri ! »
Je me mis machinalement à couvert derrière mon oreiller équipé d’une taie en plomb, tout comme je l’aurais fait avec un ours en peluche orange, et un visage mécanique creva le mur de ma chambre et s’immobilisa devant moi. Il me regarda, émit un sifflement strident, et explosa en une gerbe de shrapnels en fusion.
Des pas rapides remontèrent le couloir miteux et mon père fit irruption dans ma chambre sans même frapper à la porte. Non pas parce qu’il était pressé, mais parce que du napalm l’avait fait fondre un mois auparavant.
« Tout va bien, fiston ? Alors, tu as vu ça ? L’essai parfait ! Combustion horizontale, acquisition de la cible, rotation gyroscopique et détonation ! Les confrères disaient qu’utiliser des microbombes pour la navigation et du carburant solide pour la propulsion pulvériserait tout le quartier, mais voilà qui va leur clouer le b… »
Je balançai par terre mon oreiller blindé criblé d’impacts.
« C’était le seul prototype, hein, papa ? »
« Euh, oui, mais… »
« Et les plans ont été… ? » Demandai-je en le laissant finir la phrase. J’avais l’habitude de ce genre de discussion.
« Volés par un poulet mécanique. »
Ça, c’était nouveau, mais je n’allais pas le laisser me décontenancer.
« Donc, tu ne pourras plus en construire, c’est ça ? »
Il ouvrit la bouche, prêt à me lancer une répartie cinglante, mais il écarquilla subitement les yeux, frappé d’horreur. La routine matinale était complète. Le moment de prendre le petit déjeuner, puis la route, était venu.
« Ça ne fait rien, fiston. J’ai compris le principe, maintenant. Le marché des jouets pour le premier âge bourrés d’explosifs est totalement vierge. Nous allons être riches ! »
« Papa, le seul moyen pour nous sortir de la pauvreté, ce serait que tu nous fasses tous sauter », rétorquai-je.
« Ne sois pas si dur, Jastor. Ce n’est qu’une question de temps. »
« Tu sais quoi ? Tu as raison. Tu finiras par tous nous tuer, papa. Pour ça, je te fais confiance. »
« Dis donc ! Dans ce quartier, il y a plein d’enfants gobelins qui aimeraient que leurs parents soient bricoleurs. Quand j’avais ton âge, mon rêve le plus cher était que… »
« Encore cette vieille histoire, papa ? Sérieusement… »
« …que mes parents arrêtent de curer les égouts et se mettent à faire exploser des trucs. Tu m’inquiètes beaucoup quand tu dis que tu as peur des explosions. Ce n’est pas très gobelin. »
« Non ! Je vais te dire ce qui n’est pas gobelin ! C’est de tout le temps dire à son fiston d’ « aller jouer ». Tu sais c’est quoi, le problème ? Il n’y a personne avec qui jouer ! Mon copain Jelky est obligé de passer ses journées à tresser des mèches pour explosifs. Druz se lève à l’aube pour faire du mortier. Est-ce que tu sais combien c’est embarrassant d’avoir un père qui ne m’oblige pas à travailler pour lui ? »
Papa leva les bras au ciel et retraversa le couloir qui menait au magasin.
« Tu sais quoi ? » me lança-t-il. « Pourquoi tu ne me laisses pas gérer le magasin, et moi, je laisse traîner ce biscuit de chez Doublesucre pour que le premier petit gobelin dont c’est l’anniversaire aujourd’hui puisse le prendre ? »
« Pour avoir un magasin, il faudrait d’abord vendre quelque chose, de temps en temps ! » répondis-je, mais cette fois, le cœur n’y était plus. Un biscuit de chez Doublesucre ! Des provisions pour la route !
« Tu penses que tu ferais mieux que moi ? » dit-il du fond du magasin. « Mais je t’en prie, tu peux essayer quand tu v… Oh, bien le bonjour, messieurs. »
Mon père avait des clients, à ce que j’entendais. Je pris ça comme un bon présage pour ma fugue. Si mon père arrivait à vendre quelque chose aujourd’hui, aussi improbable que ce soit, je n’aurais aucun mal à trouver un bateau qui quitte Kezan. En fait, je pourrais aussi bien trouver un requin apprivoisé qui m’amène sur une île magique où il pleut des brioches en platine massif. Je fonçai dans le couloir pour aller chercher mon biscuit.
Aujourd’hui, la pâtisserie Doublesucre n’existe plus. Quelques années avant que les orcs n’arrivent en Azeroth, l’échoppe du coin avait été légèrement endommagée lors de la deuxième guerre commerciale, réduite en un tas de ruines pendant la quatrième guerre commerciale, et les ruines ont été complètement pulvérisées lors de la guerre pour la paix. Ça a senti le caramel et les membres carbonisés dans tout le quartier pendant un mois. Mais la morale, c’est que si t’as jamais mangé de biscuit de la pâtisserie Doublesucre, t’as jamais mangé de vrai biscuit. Point final.
Ils étaient un peu brunis sur les bords et tellement énormes qu’il fallait les tenir à deux mains. Dedans, il y avait des pépites de chocolat grosses comme des poings d’ogre. Ils mettaient aussi une touche de cannelle et du sucre perlé, dedans. Je n’en recevais qu’un par an.
Je me figeai juste avant de déboucher dans le magasin et me cachai dans la pénombre du couloir. J’aurais dû m’en douter. Ce n’étaient pas des clients. C’était Skezzo et ses hommes de main qui essayaient encore de racketter mon père.
À Trimeville, même les criminels étaient dans la dèche, et la bande des casseurs de la rue du Cuivre ne faisaient pas exception à la règle. Je revois encore la tête de cet imbécile de Skezzo avec ses fausses boucles d’oreille en or et son costume puant en patchwork. En fin de compte, la seule chose positive qu’il ait jamais faite, c’était de me chercher des embrouilles.
Il empoigna mon père et le colla contre son établi bancal. À l’autre bout du meuble, je vis notre unique assiette sur laquelle trônait mon biscuit vaciller et manquer de tomber par terre. Je retins mon souffle, mais si j’avais dû, j’aurais mangé le biscuit à même le sol. Vous aussi, vous l’auriez fait. Croyez-moi.
« Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi, Luzik ? » demanda Skezzo. « Tu ne nous paies jamais dans les temps. En fait, tu ne nous paies jamais tout court. Ça ne me plaît pas, mais je vais être forcé de t’envoyer Lumpo demain pour qu’il fasse sauter… » Skezzo laissa sa phrase en suspens car il était incapable de trouver quoi que ce soit de valeur dans le magasin, à part un bâton de dynamite, qui, comme chacun sait, est censé exploser de toute manière.
« Écoutez, je suis désolé, monsieur Skezzo » balbutia mon père. « Les affaires sont très calmes en ce moment. Je peux à peine acheter mes fournitures ! »
« Des fournitures et des biscuits, on dirait » remarqua Skezzo, tout en tendant le bras pour…
Attraper.
Mon.
Biscuit.
« Tu paies ton dû avant ce soir, » dit-il en engloutissant la pâtisserie, de précieuses miettes dévalant sur le revers graisseux de son costume, « ou je réduis ton magasin en cendres et je te fais payer les torches. »
Il m’aperçut dans l’encoignure de la porte du couloir, me fit un clin d’œil, et s’en alla crânement en gaspillant le reste du biscuit.
C’en était trop. S’il n’y avait pas eu de biscuit, je me serais sauvé et aujourd’hui, je serais un gagne-petit, le roitelet d’une bande de pirates des mers du Sud, et le monde serait bien différent de ce qu’il est.
Je titubai en entrant dans le magasin. Papa semblait me parler, mais le sang cognant à mes oreilles m’empêchait d’entendre ce qu’il me disait.
Si j’avais voulu, j’aurais quitté Kezan, mais là n’était pas le problème. Mon père avait laissé des malfrats sans envergure le dérober. Je leur avais laissé me voler mon biscuit. C’était ça, le problème. C’était la raison pour laquelle nous étions pauvres. Bien sûr, Skezzo avait une bande à lui, des armes et des hommes de main. Mais moi, j’avais quelque chose qui enflait dans ma tête comme une escadrille de zeppelins bombardant une hutte gnolle : un code aux rouages bien huilés et aux principes on ne peut plus clairs. Ce magasin appartenait à mon père, mais c’était aussi le mien. Le biscuit était le mien. Je n’en voulais pas à Skezzo d’avoir essayé, mais quel que soit le prix à payer, personne n’allait plus jamais prendre ce qui était à moi.
Dix minutes plus tard, j’étais à l’autre bout de la ville, face à l’un des usuriers de Skezzo, cerné par la fumée de cigare et des gorilles goguenards.
« Laisse-moi récapituler, » dit l’usurier en ricanant dans sa barbe. « Tu dois de l’argent au patron, et tu veux lui en emprunter pour le rembourser, c’est ça ? »
« Oui, » répondis-je.
« Avec des intérêts ? » demanda l’usurier, les lèvres tremblant sous l’effort qu’il faisait pour ne pas éclater de rire.
« Si vous considérez que c’est bien, » dis-je, impassible.
« Très bien, l’avorton, » dit-il en comptant les billets, « mais je crois savoir pourquoi ton vieux est dans le pétrin. Dans votre famille, on ne doit pas du tout avoir le sens des affaires. »
Dans la société gobeline, la seule chose qui se répande plus rapidement qu’une traînée de poudre, hormis le nouveau calendrier des Dynamiteuses, c’est la possibilité d’une humiliation publique. Skezzo est revenu au magasin le soir même, flanqué de toute sa bande, usuriers compris. Dans toute la rue du Cuivre, nos gentils voisins avaient ouvert leur porte en grand pour être certains de ne pas rater une miette du spectacle du bricoleur et de son attardé de fils perdant tout ce qu’il leur reste et se faisant chasser de la ville. Seulement, j’étais tout seul pour les recevoir. Papa était sorti acheter un autre biscuit. C’était bien mon père, ça : bien intentionné, mais à côté de la plaque. Ce n’était plus du biscuit qu’il s’agissait.
Skezzo et sa clique se plantèrent face à moi, les poings sur les hanches.
« T’as mon argent, gamin ? » demanda-t-il, ses gorilles se penchant par-dessus son épaule pour voir si j’allais être assez bête pour lui tenir tête.
« Avec les intérêts », répliquai-je.
Skezzo m’arracha le sac des mains, me tapota la tête et s’éloigna tranquillement dans la rue avec sa bande. Comme je te le dis. Il n’a même pas pris la peine de compter l’argent. J’ai toujours pas compris comment ce gars avait réussi à gérer autre chose qu’une baraque à frites.
« C’était sympa de faire affaire avec toi, gamin, » lanca-t-il par-dessus son épaule. « Lumpo, porte le sac, il est vachement lourd. »
« Ça doit être à cause de la dynamite, » remarquai-je.
Les appareils photos ne feraient pas leur apparition avant plusieurs années, mais encore aujourd’hui, je tuerais pour avoir une photo de Skezzo et ses acolytes me regardant bouche bée une fraction de seconde avant que la bombe planquée sous les billets n’explose.
Quand la fumée se dissipa, toute la bande avait disparu. Dans un mouvement d’une étonnante coordination, mes voisins sidérés tournèrent leur tête vers le cratère fumant, puis vers moi.
Je leur adressai un sourire et pointai un doigt vers le ciel. Des centaines d’yeux se levèrent.
Skezzo, ses complices et les billets enflammés retombaient en une pluie bienfaisante.
Je traversai la rue pour me rendre chez Bezok le briquetier, les cris d’admiration de mes voisins me faisant marcher comme sur un nuage. D’accord, tout l’argent de mon père y était passé pour recouvrir la dynamite, mais d’ici la fin de la semaine, ces quatre cents radis n’allaient plus représenter que de la roupie de sansonnet.
« Hélà ! Doucement ! » cria Bezok alors que des gobelins se déversaient de chaque porte et de chaque ruelle louche pour participer à la chasse au trésor la plus dégoûtante qu’il m’ait été donné de voir et tenter de récupérer des radis pas trop abîmés par l’explosion. « Tu leur as donné une sacrée correction, gamin ! On est libres ! »
« Ça ne durera pas, » dis-je en évitant une chaussette enflammée. « Il y a un vide, maintenant. Dès que les autres gangs apprendront que Skezzo a disparu, ils se précipiteront pour prendre sa place. Nous devons organiser notre sécurité. Établir des routes commerciales et les protéger. »
« Ouais ! » dit Bezok, les yeux pleins d’étoiles. « C’est une idée géniale ! Peut-être qu’un jour, on pourra… »”
« Y a pas de « peut-être qu’un jour » qui tienne » dis-je. « Passe au magasin demain matin et j’aurai préparé un contrat. Tu peux continuer à assurer la production, n’est-ce pas ? Moi, je m’occuperai de tout le côté financier ennuyeux. »
« Hein ? » balbutia Bezok en clignant des yeux. Depuis quelques secondes, il lorgnait un nuage de radis enflammés qui dérivait lentement mais sûrement vers le toit de son entrepôt. « Attends, tu crois que tu peux gérer mes affaires ? Écoute bien, fiston, tu… »
« Boum. », fis-je.
« Boum ? Quoi, boum ? » demanda Bezok en hésitant.
« Ben, boum. »
« Mais pourquoi est-ce que tu dis « boum » ? »
« J’aime bien dire « boum », c’est tout, » dis-je avec un aplomb inquiétant dont seuls les enfants sont capables. « Écoute, contente-toi de venir demain matin. Tu ne t’apercevras même pas que c’est moi qui tire les ficelles jusqu’à ce que tu te rendes compte des sommes d’argent que tu empoches. »
Bezok n’était pas un poltron. Il avait du mal à payer ses factures, et les gens comme ça sont toujours à l’affût d’un moyen de faire fortune de manière inattendue et rapide.
« Tu sais quoi, gamin ? Pourquoi pas ? Si je veux, je pourrai toujours me rétracter plus tard, non ? »
« Bien sûr, je ferai des avenants aux contrats pour ça, » répondis-je. Il lui suffisait de ne plus s’occuper de son entreprise, de me verser une commission de gestion annuelle et d’enfiler un costume d’ours trois jours par semaine pour vanter la nouvelle gamme de peluches explosives de papa.
Je rentrai à la maison fier comme un paon, et laissai Bezok sortir une échelle pour aller récupérer le tas de radis enflammés qui s’était posé sur son toit. Quand mon père rentra, j’étais en train de rédiger mon premier contrat en caractères si petits que même un moucheron à lunettes n’aurait pas pu les lire. Un contrat, c’est facile à écrire si on se concentre sur la meilleure manière d’arnaquer le pauvre inconscient qui le signera, et si on n’oublie pas que la plupart des gens croient que les mentions en petits caractères sont là pour être survolées avant de signer, et pas montrées à dix avocats du droit du travail, soumises à un tribunal, démontées mot par mot et vaporisées dans un environnement clos.
Mon père approcha en traînant les pieds et se racla la gorge.
« Je peux faire mieux que toi, » dis-je avant même qu’il ait pu placer un mot. Je n’avais pas besoin de voir son visage pour savoir qu’il avait entendu parler de la bombe.
« Que… Quoi ? » Bredouilla-t-il. Il froissa le sac en papier qu’il tenait à la main.
« Tu m’as demandé si je pourrais gérer ton magasin mieux que toi. Hé bien je peux. À partir de demain matin, nous aurons accès au fond de commerce de Bezok, puis à beaucoup plus, mais il faut que tu signes tous les documents pour moi. »
Il resta silencieux un long moment. J’en profitai pour coucher quelques lignes de plus.
« Tu tiens vraiment de ta mère, » finit-il par dire. « Bon, je te donne une semaine pour faire tes preuves. Si d’ici là on n’a pas assez d’argent pour racheter de la dynamite, je reprendrai les rênes, d’accord ? »
Il pensait que je courais à l’échec et que ça me servirait de leçon, mais il me laissa quand même avec mon biscuit et une affaire à gérer. Au troisième brouillon du contrat, le biscuit avait séché. J’ai décidé de le garder en souvenir de mes débuts, et je l’ai encore, aujourd’hui.
Au moment où l’échéance fixée par mon vieux arriva, la moitié des commerces du quartier avait rejoint mon conglomérat de la rue du Cuivre. J’avais déjà quitté la maison, mais je lui ai quand même envoyé trois caisses de dynamite, une combinaison de protection ainsi qu’une prime en espèces.
D’accord, t’as raison, c’était un peu maigrichon comme résultat, mais j’avais à peine dix ans, gros malin. À l’époque où t’attrapais la sklaz en nageant dans l’étang de cambouis toxique derrière l’usine de petits pots pour bébés de Garzak Grillavoine, je m’étais déjà fait mon premier million de radis.
En plus, c’était mon père, et je prends soin des choses qui sont à moi.
