L’univers étendu

Vol’jin:Le jugement

par Brian Kindregan

LE JUGEMENT

Le jeune troll était accroupi sous la pluie et regardait fixement l’endroit où le chemin disparaissait dans les sombres broussailles de la jungle devant lui. La lumière du soleil ne pouvait pas traverser ce feuillage, pas plus que la brise. On appelait cette partie de l’île le Foyer originel, et personne ne s’y aventurait à part les chasseurs des ombres et les inconscients.

Vol’jin n’était pas un chasseur des ombres.

Il sentait l’eau ruisseler entre ses orteils. La pluie était violente, et chaque goutte qui frappait son dos le poussait vers le Foyer originel. Parfois, les chasseurs des ombres en revenaient, mais jamais les inconscients. Derrière Vol’jin, un autre troll s’abritait sous une grande feuille de palmier.
Zalazane n’était pas davantage un chasseur des ombres.

« On n’est pas prêts, constata Zalazane en mâchant bruyamment un morceau de viande de kommu. Le jugement, c’est pour les trolls plus vieux qui ont déjà accompli de grandes choses. Nous, on est que des jeunes riens du tout. »

« Moi je suis juste jeune, c’est toi le rien du tout. » Vol’jin rit et se leva. « Il faut y aller, Zal. Mon papa, il a regardé dans le feu la nuit dernière pendant des heures, et maintenant il fait comme si sa fin allait arriver. Je crois qu’il a eu une vision. Les choses, elles vont changer, et y faut qu’on soit prêts. »

« Tu crois que les loas, ils vont faire de toi un chasseur des ombres ? »

« Ils vont me juger, ça c’est sûr. Me mettre à l’épreuve. Mais je sais pas ce que ça veut dire. »

Obtenir en haute résolution « On dit que les loas, ils vont prendre nos esprits, ajouta Zalazane, l’air sombre. Ils vont nous leurrer et se jouer de nous et nous donner des visions. »

« Beaucoup d’épreuves, il paraît. Si les loas, ils me jugent digne, je serai un chasseur des ombres, répondit Vol’jin. Et sinon… rien ne pourra nous sauver. »

« Oh, moi je vais beaucoup les impressionner. » Zalazane sourit d’un air entendu. « Mais pour toi, ils vont se moquer. » Il fit tranquillement quelques pas dans la boue pour rejoindre son ami. Ils se fixèrent pendant un instant, avant de sourire de toutes leurs défenses. Pendant toute leur enfance au village des Sombrelances, cela avait toujours été le signe certain que Vol’jin et Zalazane s’apprêtaient à faire quelque chose de particulièrement stupide.

Dans un grand cri, ils se précipitèrent tête baissée vers le Foyer originel, et se frayèrent violemment un chemin à travers les lianes et racines crochues. Cet endroit n’était que promesses de mort, qu’elle soit lente ou rapide, mais ils étaient jeunes, et persuadés qu’ils ne pouvaient pas vraiment mourir.