L’univers étendu

Tout ce qui est, est vivant.

par Micky Neilson

Les yeux bleus et cristallins de Velen jaugeaient Nobundo. Il protesta : « Ils refusent de m’écouter ! Je crois que ce n’était pas une bonne idée. »

Un côté de la bouche de Velen remonta en un demi-sourire. Il avait cette expression qui donnait à Nobundo l’impression que le prophète avait conscience de bien des choses qui le dépassaient. « Après tout ce que tu as traversé, et dont tu as triomphé, tu penses vraiment être prêt à abandonner maintenant ?

- Je ne peux pas faire en sorte qu’ils me voient autrement que comme un Krokul, malgré toutes les choses que je pourrais avoir à leur apprendre.

- Peut-être que le vrai problème ne vient pas d’eux. »

C’est ce que disaient les éléments, pensa Nobundo.

Suite à leurs précédentes conversations, il avait appris à ne pas essayer de deviner ce que pensait le prophète. C’est pourquoi il resta silencieux, attendant la suite.

Velen reprit : « J’entends les cris des femmes de Shattrath dans ton esprit. Je sais le poids que tu portes sur ton cœur. Tu t’es toujours demandé si ton départ était un acte de lâcheté. »

Nobundo acquiesça, soudain accablé par l’émotion.

« Une part de toi-même savait déjà alors qu’il était impératif que tu survives, pour accomplir ton autre destinée. Et pendant toutes les épreuves qui se sont succédé depuis ce jour, tu n’as jamais abandonné. C’est pour cela que je t’ai choisi. C’est pour cela que les éléments t’ont choisi. Les nôtres t’appellent Krokul, Roué, mais je crois que tu es le porteur de notre plus grand espoir. »

Velen posa doucement la main sur l’épaule de Nobundo. « Laisse-les partir. Laisse les cris se taire. »

C’était vrai. Il n’était pas un lâche. Une partie de lui-même le savait, mais dans tout ce qui s’était passé depuis, cette partie s’était perdue. Nobundo poussa un profond soupir, et il sut à cet instant que lorsqu’il se coucherait pour dormir ce soir-là, le cauchemar ne l’attendrait plus. Il éprouva un sentiment de joie venant des éléments, comme s’ils étaient… fiers.

Velen sourit. « Et maintenant, pour le bien de tous, va. Va et accomplis ta destinée. »

Nobundo retourna sur le palier. Les draeneï assemblés parlaient entre eux, sans prêter attention à la frêle silhouette qui les surplombait.

Il leva son bâton. Les nuages commencèrent à s’amonceler dans le bleu du ciel dégagé, projetant leurs ombres sur les habitations. Les conversations se turent.

Nobundo les interpella, d’une voix qui résonnait à travers le marécage. « Observez et écoutez. »

Un déluge de pluie s’abattit sur eux. Des éclairs dansaient entre les lampes qui entouraient la place, fracassant les globes de verre. Les draeneï en restèrent bouche bée.

« Vous êtes venus ici pour apprendre. Pour être un jour capables de manipuler ces pouvoirs : les pouvoirs du chaman.

- Mais le chamanisme est une pratique orque ! » s’écria quelqu’un dans la foule. D’autres manifestèrent leur assentiment.

« Oui. Une pratique à laquelle ils ont renoncé en faveur de leur commerce avec les démons. C’est à nous maintenant de nous avancer sur la voie du chaman, une voie qui nous mènera vers un avenir dans lequel personne ne viendra tuer nos femmes… »

Nobundo fit une pause, veillant à ce que sa voix reste ferme.

« Ou nos enfants. Dans lequel les Krokul et les intouchés pourront œuvrer ensemble pour réaliser un rêve que nous avions oublié depuis trop longtemps : la liberté. »

Les membres de l’assemblée s’observaient les uns les autres, cherchant les signes d’approbation, prenant la mesure de la résistance. Finalement ils semblèrent arriver à une conclusion commune : ils allaient écouter.

« Votre périple commence par ces simples mots… »

Nobundo sourit. Les nuages tourbillonnaient. Les éclairs crépitaient. La pluie tombait.


« Tout ce qui est, est vivant. »

Tout ce qui est, est vivant.