[Récit gnome RP] L'histoire de Kiwï

Medivh / Suramar
Chapitre 11 - Rencontres

_Alors comme je vous le disais, nous touchons au but pour trouver le remède qui sauvera tous les gnomes infectés.
Devant un grand tableau noir barbouillé de formules étranges et de croquis de plantes, Kiwï, une longue baguette à la main et habillée d'une grande toge violette, enseignait devant un amphithéâtre qui sentait encore la peinture fraîche. La salle était pleine à craquer d'alchimistes de tout âge expérimentés, passionnés et motivés, eux aussi vêtus d'une toge violette.
_Maintenant, c'est à vous de jouer. Vous aurez à votre disposition une vingtaine de laboratoires d'étude dans lesquels vous pourrez expérimenter toutes les théories. Sachant que, comme je l'ai déjà expliqué, nous avons tous les ingrédients nécessaires. Nous savons que cette formule, dit Kiwï en montrant de sa baguette une ligne indéchiffrable sur le tableau, est la clef. Car le test sur les cellules souches a révélé qu'elle combattait la maladie mais sur une très courte période. C'est à vous à présent de découvrir comment stabiliser la formule pour qu'enfin cette solution soigne définitivement. Pour cela je vais vous donner à chacun...
DRIIIIIIING !!!
Alors que la sonnerie de fin de cours venait de retentir, aucun élève dans la classe ne bougeait. Ils restaient tous suspendus aux lèvres de Kiwï.
_Euh... Normalement, ce n'est pas le moment où vous fermez vos classeurs bruyamment et que vous vous enfuyez en courant ?
Il y eut un petit rire général puis l'alchimiste le plus en avant leva la main et dit :
_Dame Kiwï, nous sommes là pour vous aider, et aider l'Alliance. Peut importe le temps que ça prendra et l'énergie que cela va nous demander. Nous trouverons.
Kiwï émue, ne savait que dire. Elle avait bâti cette école en quelques semaines, recruté toute l'équipe pédagogique en deux jours et les élèves avaient afflué tout naturellement. Le Kirin Tor qui au début n'était pas très enthousiaste à l'idée de céder une de leurs tours de Dalaran à cette école, devenait de plus en plus curieux quant à l'énergie créée par l’effervescence de tous ces alchimistes et herboristes volontaires.
_Eh bien. Je vous en remercie. Vraiment, dit Kiwï la main sur le cœur, merci à tous d'avoir accepté de jouer le jeu et de prendre part à cette énorme expérience de recherche collective. Je sais que tous ensemble nous y arriverons.
Il y eu des applaudissements dans la salle. Kiwï sortit un gros carton de derrière son bureau :
_Comme je voulais vous le dire avant la sonnerie, voici les cellules souches. Vous pouvez en disposer et ainsi commencer vos travaux dans vos laboratoires attribués. Je serai là si vous avez une question d'alchimie ou d'herboristerie mais pour tout le reste, adressez-vous à mon assistante Lilas. D'ailleurs la voici.
Une gnomette avec une queue de cheval mauve venait d'entrer avec une politesse extrême. Elle portait des lunettes au bout du nez, un calepin et un stylo vissés dans les mains. Elle ne portait pas de toge mais une sorte de tailleur strict. Seuls les herboristes et les alchimistes en portaient au sein de l'école.
_Dame Kiwï... Désolée de vous déranger mais...
_Oui, oui, je sais. Puis se tournant vers sa classe : Merci encore de votre présence. Bon courage à vous tous. Pour l'Alliance.
Kiwï sortit avant ses élèves assez rapidement, alors que ceux-ci discutaient entre eux ou farfouillaient le gros carton laissé à leur intention. Sur ses talons, Lilas énumérait son inventaire de nouvelles tout en marchant rapidement :
_Tous les labos ont été attribués, le vôtre est bien sûr juste à côté de votre bureau. Toutes vos affaires ont été amenées ici depuis Shattrath et Forgefer ce matin. Le Kirin Tor a bien sûr refusé votre demande de jardins des simples dans l'enceinte de la ville. Tally et Reyna sont arrivées ce midi. Elles commencent les cours demain pour les plus jeunes, d'ailleurs les voilà qui arrivent. Ils apprécieront sûrement un petit message de votre part...
Effectivement, pendant que Kiwï et Lilas marchaient en discutant, un groupe d'une quinzaine de jeunes enfants habillés de toges violettes étaient guidés par une humaine à l'air sévère.
_Bonjour à tous, dit Kiwï enthousiaste. Je suis heureuse que vous soyez là pour apprendre les rudiments de herboristerie et de l'alchimie.
_Oh ! Bonjour Kiwï ! Dit une petite naine rousse avec plein de taches de rousseur. Vous êtes plus jolie en vraie que sur les photos !
_Merci beaucoup mademoiselle. Je suis enchantée de te rencontrer.
_Dis, Kiwï, coupa un petit draenei a lunettes rondes, c'est vrai que vous avez été première au concours de pêche ?
_Oui c'est vrai ! Je suis même devenue Louve de mer. J'ai mis beaucoup de temps à obtenir ce titre. Il faut beaucoup travailler pour avoir ce que l'on veut, sourit malicieusement Kiwï.
_C'est vrai que tu as pêché un gros rat dans le lac sous Dalaran ? Demanda une petite elfe avec deux nattes bleues sur les côtés à l'air dégoûtée.
_Malheureusement, non, pas encore ! Mais j'y travaille !
_Et c'est vrai que vous êtes devenue amie avec des peluches de phoque vivantes ?
_Hihi, ce ne sont pas des peluches mais les Kaluak, riait Kiwï. Des hommes phoques adeptes eux aussi de la pêche.
_Et c'est vrai que vous avez un mammouth rien que pour vous ?
_Oui ! Et même qu'on peut monter sur son dos à trois ! Je vous le montrerai un jour ! Promis.
Après avoir signé quelques autographes, Kiwï continua son chemin, suivi de près par Lilas.
_Lilas, et pour les affichettes et prospectus ?
_Nous avons affiché dans tous les hôtels de ville et banques vos annonces de recherche avec l'âge approximatif de votre sœur, toutes les infos que vous nous avez donné et un descriptif détaillé. Nous avons distribué les prospectus dans toutes les capitales. Nous avons déjà eu pas mal de réponses, mais toutes demandaient quelle était la récompense. En sachant qu'il n'y en avait pas, personne n'a fait suite. J’inclurai donc cette information dans la prochaine édition d'affiche.
_Tu en as mis dans les banques et hôtels des ventes neutres comme Gadgetzan ou Baie du butin ?
_Bien sûr ! Quelques gobelins sont venus déguisés en gnomette à couettes roses, mais évidement comme il n'y a pas d'or à la clef... Ils ont vite fui.
_Merci Lilas. On va s'arrêter là. Bon courage pour la suite.
Au pas de la porte du bureau de Kiwi, Lilas tourna les talons et partit vaquer à ses occupations logistiques.
Au moment où la mage poussa la porte de son bureau, elle se figea sur place. Assise tranquillement sur le bureau d'acajou, une gnomette à couettes roses tripotait une fiole précieuse.
_Salut, lança-t-elle en quittant son siège d'un bond souple et agile, alors c'est toi ma sœur ?
Kiwï restait ébahie pendant que la gnomette à couettes roses habillée de façon provocante et sexy tournait autour d'elle.
_Ben dis donc, j'pensais être plus impressionnée qu'ça d'voir la célèbre Grande Duchesse de machinchose... Mais en fait non, dit-elle son visage tout à coup très proche de celui de Kiwï comme pour scruter le fond de ses yeux. En fait, t'es qu'une p'tite gnome.
_Je... Je... M'appelle Kiwï.
_Ben j'sais bien ! Kiwï l'alchitruc de mes deux, la flamboyante et belle mage que tout le monde adore et blablabla et bliblibli. On est p'têt' sœurs mais on n'a pas eu la même vie, princesse.
_C'est-à-dire ?
_C'est-à-dire qu'j'ai pas grandi au milieu d'une famille bien gentillette qui me massait les pieds quand j’éternuais. Moi j'ai plutôt connu l'abandon, l'orphelinat, les foyers de !@#$% et tout l'toutim. Une vie bien foireuse. Mais aujourd'hui, je me suis trouvée un bon p'tit trafic et la vie va plutôt bien. T'imagines pas combien on me paie pour avoir un p'tit chat tigré noir ou un lapin tout bête. Le trafic de boules de poils, c'est un bon business.
_Alors, c'est ça qui te plaît ? L'argent ?
_Ouais, c'est ça qui m'plaît. Parce que quand on n'a pas une thune, on crève la dalle et on crève de froid et tout le monde te crache dessus. Le fric c'est la vie, n'est-ce pas princesse ? Défiait-elle avec mépris.
_Je ne sais pas ce que tu a traversé mais pour moi aussi ça a été la ^-*!@, répondit Kiwï sans se laisser démonter. Je pensais toute ma famille morte. Maman m'a abandonnée en plein Gnomeregan pour aller te chercher, figure-toi. J'étais toute seule. Tout le temps. J'en ai bavé pour arriver là. J'ai dû faire mes preuves, me battre, trouver ma place, me faire des amis, essuyer des défaites. Moi aussi j'ai eu mon lot. Mais... toute ma foutue vie j'ai rêvé de ce moment. De revoir enfin un membre de ma famille. Alors cherche pas, je ne te lâcherai pas quoi que tu dises ou fasses.
La gnomette aux yeux marrons parut surprise, et même émue...
_Ouais bah pas la peine d'sortir les violons, hein ? Alors paraît qu'mon nom c'est Bubblegomm ? On m'a toujours appelé Seize. Parce que j'étais la seizième gnomette abandonnée à l'orphelinat à la chute de Gnomeregan. Bubblegomm c'est bien. Je m'y f'rai vite, j'pense, dit-elle en souriant.
Kiwï ne put s'empêcher de prendre sa sœur dans ses bras et de la serrer fort.
_Hé, pas d'ça, okay ? Ça m'file la gerbe ? Reçu cinq sur cinq ?
_En phase une, on évite absolument les nuages de gaz, sinon un monstre supplémentaire déboule. Et on achève correctement les monstres à tentacules quand et seulement quand, ils sont au même niveau que Sara, l'avatar de Yogg-Saron. Seule leur mort entamera la vie de cette dernière. Ensuite en phase deux, on reste bien groupé ! Je ne veux pas voir de Poetic Looser qui se balade isolé ! On achève les tentacules qui apparaîtront dans tous les sens et on fait attention à sa santé mentale. Dès que votre santé mentale vacille, vous allez prier le titan gardien Freya dans les puits de lumière verte qui se trouvent tout autour de la pièce pour vous rétablir. Ensuite...
_Oui c'est bon Kiwï, on connaît ! On a déjà testé le combat dix fois ! Coupa Barekundan, le guerrier tank du groupe.
_Je sais les amis, mais je préfère bien tout rappeler. Bon, si vous le sentez bien, on fait le décompte et on y va !
Le groupe de dix Poetic Loosers se trouvait dans le sous-sol d'Ulduar. Ulduar était un complexe créé par les titans sur le continent du Norfendre. Des explorations approfondies avaient révélé que le magnifique complexe était en réalité une prison, conçue pour enfermer le dieu très ancien de la mort : Yogg-Saron.
Les loosers avaient abattu chaque piège un par un et maintenant, ils se frottaient à l'engeance la plus terrible qui soit.
Radichou entama le décompte. Jiiru, Père Mathieu et Sheela préparaient leurs soins les plus puissants, Barekundan et Elkynes ajustaient leurs armures pour mieux encaisser les chocs et Ereva, Vidin, Cessis, Kiwï et Radichou burent leur flacon pour obtenir plus de puissance.
Commença alors une danse autour de Sara, pour éviter les nuages de gaz qui tournaient autour de la pièce, tout en exécutant les monstres sans visage qui, en explosant, causaient des dégâts à l'ennemi.
_Père Mathieu, fais attention, tu as attiré deux monstres de plus en restant dans les nuages toxiques!
Père Mathieu, le nain prêtre maladroit de la guilde, demeurait souvent trop concentré sur ses prières de soin pour bouger efficacement durant ce combat. D'un air désolé, il fit l'effort pendant quelques secondes d'éviter les nuages avant de de nouveau rester statique.
_Père Mathieu, gémit à présent Kiwï. Bouge ! Arrête tous tes soins et évite seulement les nuages s'il te plaît !
Bientôt, toute l'équipe fut submergée de monstres et les loosers suaient sang et eau pour tous les abattre. Alors que la situation semblait désespérée, Ereva releva du sol une véritable armée de cadavres qui vint au secours du groupe. Sheela la druidesse, sentant la menace d'une hécatombe, invoqua un soin surpuissant qui remit tout le monde à neuf. Les gémissements de l'ennemi annonçaient la fin de la première phase. Avec soulagement, Cessis donna le coup de griffe fatal au dernier des monstres qui explosa sur Sara qui de même succomba.
_On reste groupé les amis ! Dirigeait Kiwï.
Ainsi, tout le petit groupe se réfugia dans un recoin de la pièce, bientôt assombrie et vibrante. Du sol surgit Yogg-Saron, le dieu très ancien de la mort. Il ressemblait à un énorme cerveau vert couvert de crocs et d'yeux. Il flottait dans une énorme flaque de liquide vert visqueux. Rien de très ragoutant.
Subitement, un énorme tentacule vert surgit du sol et attrapa fermement Vidin sans défense. Tous s'acharnèrent pour le délivrer en entaillant la tentacule géante. Mais un rayon rouge apparut et se fixa entre Ereva et Jiiru.
_Vite, Ereva et Jiiru ! Vos cerveaux sont reliés ! Il faut vous rejoindre, sinon vous allez devenir fous.
Alors que les deux aventuriers couraient l'un vers l'autre, Radichou les poussa dans un puits de lumière verte pour que Freya s'occupe de les soigner.
C'est alors que Sheela invectiva le groupe :
_Les trois portails sont ouverts !
Mais à peine eut-elle le temps de l'annoncer qu'un tentacule encercla sa taille et la souleva dans les airs. Pas le temps de l'aider, les champions disposés coururent tête la première dans le portail qui se referma sur trois d'entre eux. Kiwï, Radichou et Elkynes se retrouvèrent dans une des visions cauchemardesques de Yogg-Saron.
La salle du trône du roi de Hurlevent était plongée dans le noir et des crânes, flottant entre les colonnes de la salle, ricanaient d'un rire terrifiant.
_Ne regardez surtout pas les crânes, chuchota Kiwï, sinon vous sombrerez dans la folie ! Il faut tuer les dix gardiens de la salle pour invoquer le portail de sortie. Ce n'est qu'une vision. Courage!
Luttant de toute leur force mentale, les trois compères évitaient avec soin les regards vides des crânes hurlants et cherchaient à abattre les gardiens dissimulés dans la salle trouble et obscure. Dès qu'Elky touchait de son épée un gardien, celui-ci se transformait en monstre tentaculaire et s'évaporait sous quelques coups seulement.
_J'ai le dernier ! Cria triomphalement Radichou.
Alors que le dernier monstre s'évaporait comme par enchantement, les trois combattants cherchaient à tâtons la sortie. Elle se révéla être dans une pièce où le centre du cerveau de Yogg-Saron demeurait exposé.
_Tapez-le aussi fort que vous le pouvez, criait de l'extérieur Jiiru le paladin.
D'un seul bond, Elkynes, Radichou et Kiwï atteignirent la cible et lui infligèrent leurs sorts les plus puissants.
_Sortez, clama Sheela, la folie vous guette !
Ainsi, les trois acolytes fondirent dans le portail de sortie mais... il était trop tard pour Elkynes. Il avait perdu pied et commençait à se retourner contre son clan.
_Vous êtes tous corrompus ! Braillait-il. Je vais tous vous tuer !
Radichou et Kiwï n’eurent pas le temps de s'en émouvoir, ils se ruèrent sous une douche de lumière verte qui rétablit bientôt leur santé mentale alors qu'au même moment, trois autres portails s'étaient ouverts. Barekundan, Cessis et Jiiru s'y engouffrèrent, vivant également l'expérience d'une vision cauchemardesque du dieu infernal. Alors que Radichou et Kiwï se remettaient petit à petit, ils réalisèrent que Père Mathieu gisait mort dans un coin. De leur côté, Vidin et Ereva gesticulaient dans les airs, prisonniers des tentacules. Les deux gnomes se précipitèrent rapidement vers eux en un front commun, délivrant leurs amis avec l'aide de Sheela qui soignait leurs blessures tant bien que mal.
_Je n'aurai bientôt plus d’énergie magique, souffla-t-elle avec désespoir à Kiwï et Radichou.
_Tiens le coup, la soutenait Radichou, on va y arriver.
Soudain, ils entendirent des cris de l'intérieur du cerveau. Jiiru, Barekundan et Cessis avait réussi à tuer les dernières défenses du dieu très ancien. Celui-ci, affaibli, s'éleva de la flaque visqueuse et se dévoila totalement désarmé.
Kiwï et Radichou se sourirent.
_Dernière étape les amis ! Feu à volonté !
À ce moment là, Yogg-Saron émit un violent flash de lumière. Il fit fondre les dernières volontés de Cessis qui perdit la raison a son tour.
_Retournez-vous lorsque la lumière surgit! Ne vous laissez pas aveugler, hurlait comme un damné Jiiru depuis le puits salvateur.
Alors que Radichou à bout de force et de santé mentale lançait ses malédictions les plus sinistres, Kiwï incantait ses boules de feu sans interruption. Sheela, sans mana, se concentrait de son mieux pour retrouver la force de soigner. Barekundan et Ereva, avec à peine de quoi tenir en santé mentale barbotait dans la vase verte pour taper l'ennemi au corps à corps.
Petit à petit, tandis que le combat faisait rage, les forces mentales s'épuisèrent et Vidin et Sheela se retournèrent contre leurs amis. Ereva s'effondra au sol sous le coup de ses blessures, suivie bientôt de Radichou. Jiiru, dos au cerveau géant essayait de tenir les vies de Kiwï et Barekundan.
_Je ne tiendrai plus longtemps, gémit Jiiru le visage crispé.
Avec un cri de rage et de détresse, Kiwï lança l'explosion pyrotechnique la plus puissante qu'elle put et tout à coup, le cerveau glauque s'effondra, faisant vibrer le sol.
Un grand silence s'installa pendant que toutes les visions horrifiques, les tentacules et les flashs lumineux disparurent. Les aventuriers aliénés retrouvèrent instantanément leur raison.
Un hourra gigantesque s'éleva alors que Barekundan, Jiiru et Kiwï hébétés, n'en revenaient pas de voir qu'ils avaient réussi ! Yogg-Saron était bel et bien mort ! Des larmes perlèrent entre les cils de Kiwï qui vida tout l'air de son corps dans un hurlement d'allégresse qui retentit dans tout le sous-sol d'Ulduar.
_Vive les Poetic Loosers !
_Hourra !
_On a réussi !
_Bravo ! Bravo ! Bravo !
_On a nettoyé Ulduar !
_Vive la Loose Eternelle !
Tous éclatèrent de rire avec joie et jubilation, se félicitèrent, s'embrassèrent en se tapant le dos. On releva les morts lorsque tout à coup Radichou s'exclama :
_Mais au fait, où sont les trésors ?
Chapitre 12 – Défaites

Depuis la formation du groupe de raid pour entrer à la Citadelle de la Couronne de glace, rien n'allait. Certains n'avaient pas réparé leur équipement, d'autres étaient venus sans gemmes magiques ni enchantements sur leur armure. Quelques uns arrivèrent même en retard. Le groupe demeurait dissipé et électrique. Les erreurs de tactique et de mobilité se répétaient lors des combats les plus simples.
_Allez, les loosers, délivrez les combattants piégés par les pointes d'os ! Encourageait Radichou.
_Plus vite, gémissait Syns, un chevalier de la mort de la guilde transpercé par une lance, je vais mourir !
Effectivement celui-ci mourut quelques secondes plus tard, lâchant amèrement toute sa frustration.
_Je ne comprends pas, ajouta Deathwind, un autre chevalier de la mort. Nous avons déjà tué Gargamoelle mille fois. C'est pourtant simple.
Difficilement, les Poetic loosers avancèrent au plus profond de la Citadelle d'Arthas remplie de liches et de vampires.
_Beaucoup plus de dégât sur les globules, s'il vous plaît, invectivait Biquett une gnomette démoniste, alors que l'ennemi Saurcroc allait bientôt devenir berserker et faucher tout le raid dans sa rage sanglante.
_Nous n'avons pas assez de puissance, soupira Syns, dépité.
_Mais si, s'entêtait Kiwï qui refusait de baisser les bras.
_La mort des globules doivent être votre priorité, souligna Biquett agacée.
Plus personne n'osait plaisanter ou rire à présent. Le groupe restait tendu et nerveux. Les ennemis tombaient les uns après les autres mais la pression montait tout de même.
_J'ai besoin de ces épaulières, les miennes font pâle figure à côté, demanda Biquett.
_Mais c'est moi qui les ai gagnées aux dés. C'est la règle, répondit Niwa.
_Tu as déjà eu trois objets magiques depuis le début de la soirée, c'est injuste, continua la démoniste.
_Si t'es pas contente, je m'en tape. Je les ai gagnées honnêtement.
_Calmez-vous les amis. Il reste tout un tas de trésors à découvrir encore. Nous allons chacun avoir quelque chose, rassura Jiiru.
_Ouais, tout le monde sauf moi, comme d'habitude ! Dit Arwen.
_Moi, ça fait trois semaines que je n'ai rien eu ! Se plaignit Père Mathieu.
_Bon, avec mon nouveau système de bonus aux dés pour les trésors, tout va s'arranger... avança Radichou.
_Je m'en fiche, je donnerai pas mes épaulières !
Finalement, un grand silence s'installa et seul Radichou parlait en expliquant les stratégies.
_Alors pour Putricide...
_C'est bon, on connaît ! Coupa Barekundan, pressé.
_Je préfère faire un rappel. Alors en phase une...
_Zzzz, on s'endort, là ! Gooo ! Hurla Arwen.
Et sans écouter le chef de guilde, le groupe commença le combat.
_Ne restez pas dans les flaques vertes, rappela Radichou, fatigué, alors que plusieurs aventuriers avaient les pieds dans la vase.
_Cours, Père Mathieu, ne te fais pas rattraper par le limon rouge ! Encourageait Kiwï.
À la fin du combat, Radichou en colère rappela à sa guilde à l'ordre. Alors, des voix s'élevèrent pour saper son autorité.
_Écoutez, si vous n'êtes pas contents, la porte est grande ouverte, hein ! Je ne vous retiens pas. La Loose, tu l'aimes ou tu la quittes !
_Eh bien je crois que nous allons faire ça.
Et tour à tour, plusieurs loosers quittèrent la guilde, laissant Radichou et Kiwï dépités.
_Alors, paraît qu'c'est la déprime ? Commença Bubblegomm en ouvrant bruyamment la porte du bureau de Kiwï.
_Ouais ! Grogna Kiwï la tête enfouie dans son bras alors qu'elle relisait pour la troisième fois une lettre de la révérende mère annonçant que sa propre mère demeurait au plus mal et qu'il fallait s'attendre au pire dans les prochains jours.
_C'est un peu tendu du slip dans ta guilde ? C'est ça ? Insista la gnomette à couettes roses.
_J'veux pas en parler, ronchonna sa sœur.
_C'est pour ça que j'n'aime pas les guildes. Ce ne sont qu'des hypocrites qui la jouent copain alors que tout ce qu'on veut c'est du fric et de l'équipement.
Devant le silence morose de Kiwï, la gnome eut une idée :
_Et si on partait en virée ? S'enthousiasma la démoniste.
_J'peux pas, j'ai cours et j'ai déjà cinq minutes de retard.
_C'est toi la chef de cette école, non ? Alors tu fais ce que tu veux. Tu n'as de compte à rendre à personne.
_Je dois montrer l'exemple.
_Pff ! Faut te dérider un peu la coinços. Allez, j'ai un truc terrible à te montrer.
Hésitant une seconde, Kiwï griffonna un message d'excuse sur son bureau et s'enfuit de l’école avec un sentiment de griserie et de légèreté.
_Regarde ça poulette, dit Bubblegomm en montrant sa moto toute neuve. Selle basse, alarme haute définition, sissi bar avec porte paquets, pare-brise gnome touring, sacoches cuir, poignées chauffantes, protection réservoir cuir avec étui rangement, anti-démarrage, peinture métallisée et un bruit à faire relever les Réprouvés. Et en plus... Y'a une place pour toi, annonça-t-elle en déployant le side-car.
Kiwï grimpa en souriant dans l'engin ultrabruyant et se laissa balader dans la ville par sa sœur. Celle-ci s’arrêta devant l'Abracadabar, le bar le plus connu de Dalaran.
_Allez viens, tu vas voir un truc de ouf ! Si tu arrives à boire 25 shots de différents alcool, il va se passer un que'que chose de trop cool !
Kiwï, qui voulait juste oublier ses soucis, se laissa entraîner par Bubblegomm. Ensemble, elle commencèrent à vider une longue lignée de verres. Au vingt-cinquième verre, le barman blasé lança des confettis au visage de la gnome en lui tendant une carte où il était inscrit : « c'est ma tournée ».
_Félicitations Kiwï, tu viens d'achever le Haut Fait « c'est ma tournée »... J'offre donc une tournée à tout le monde, malheureusement, grommela le jeune homme.
_Euh c'est ça le truc trop cool ?
_Bah ouais attend ! Une tournée gratos c'est trop génial !
_Je peux plus rien boire, dit Kiwï affalée sur le bar.
Tout à coup, celle-ci plongea sa tête vers le sol et vomit toutes ses tripes.
_Bon, on se casse. Viens, dit Bubblegomm en tirant sa sœur par la manche qui s'évertuait tant bien que mal à nettoyer sa bouche souillée.
_T'es sûre que tu peux conduire dans cet état ? Demanda la mage brumeuse.
_J'ai jamais été aussi fraîche !
Arrivée à l'aire de Krasus, Bubblegomm gara sa moto et s'approcha du rebord de la cité flottante. Tout au bord de la plate-forme, le vide vertigineux les appelait. Le vent froid du nord frigorifiait les deux gnomettes.
_Y a un autre haut-fait trop marrant à faire, dit Bubblegomm en criant à moitié car le vent soufflait fort, tu sautes d'ici et tu dois tomber de soixante-cinq mètres sans mourir. Tu vas voir, c'est hilarant !
_Euh... Nous n'avons pas la même définition de l’hilarité.
_Allez, vas-y ! Tu aurais peur peut-être ? La défia-t-elle.
Et Bubblegomm, sans rien dire, s'élança dans le vide en souriant. Kiwï, saoule et triste, mit ses bras en croix et sauta de la cité pour s'écraser au sol comme une crotte. Dès l'impact, son âme fut éjectée de son corps ratatiné. Le fantôme de Bubblegomm, qui flottait également à cet endroit, n'en pouvait plus de rire.
_Ahah, je ne me lasserai jamais de cette blague ! Se bidonnait la gnome.
_Très drôle ! Tu sais que le cimetière est à perpet' ?
_Et alors ? Pleurait de rire sa sœur.

Malaisément, les deux sœurs gnomes accédèrent au Fjord Hurlant près de Valgarde. C'était une région du Norfendre boisée et froide, percée par plusieurs crevasses.
_Bon, dit Bubblegomm en éteignant le moteur de sa moto. Tu aperçois les dindes sauvages qui gambadent un peu partout dans l'herbe ? Le but du jeu est d'en flinguer quinze en trois minutes. Bon courage !
La gnome enclencha un chronomètre alors que Kiwï en titubant activait sa baguette magique pour tuer les pauvres dindes en liberté.
_Perdu, la mage ! T'en as eu que douze ! Faut que tu recommences !
_Bah, on pourrait pas laisser ces pauvres dindes tranquilles ?
_Pff ! Qu'est-ce qu'on en a à !@#$%^ de ces dindes ? Je sacrifie bien mon démon tous les jours.

Kiwï arriva chez elle avec un mal de crâne épouvantable et une envie de dormir presque vitale. Elle s'affala dans son lit alors que quelqu'un était en train de servir du café.
_Bonsoir Kiwï, en t'attendant, je nous ai fait du café, tu en veux ? Demanda Arwen gentiment.
_Nan, grogna Kiwï en enfouissant un peu plus sa tête dans l'oreiller.
_Écoute, il faut que je te parle Kiwï. Tu sais que je t'aime bien mais cette guilde, je ne la reconnais plus. Ce n'est plus comme avant. Elle ne me permet pas d'avancer comme j'aimerais, alors je pense la quitter. Mais je vous apprécie beaucoup et je souhaiterais rester en contact et laisser quelques affaires ici pour revenir de temps en temps vous voir.
Kiwï, excédée, se releva lourdement de sa couche et regarda droit dans les yeux la guerrière elfe.
_Et pourquoi faire ? Tu veux te barrer, assume ! Dès que tu claqueras la porte des Poetic Loosers, tu ne reviendras pas, tu ne nous parleras plus, tu n'en auras plus rien à -*!@#$ de la guilde et nous non plus. Loin des yeux, loin du cœur. Alors si t'es pas heureuse, tire-toi et oublie tout ce qu'on a fait pour toi. Tu sais comment ça s'appelle ce que tu fais ? De l'ingratitude, de la lâcheté et de l'immaturité. Bouhouh maman, continua Kiwï méchamment en prenant une voix d'enfant pleurnichard, j'ai pas eu mon trésor, je suis vraiment trop vexée, je préfère planter tout le monde plutôt que de me remettre en question et de m'accrocher pour que ça marche. C'est vraiment pitoyable, cracha Kiwï en reprenant son ton cassant. Non, je ne suis pas ton amie si à la moindre difficulté tu tournes les talons. Non, je ne compte pas pour toi si tu me traites de cette façon. Alors adieu et fous-moi la paix, j'ai sommeil.
Arwen, bouche bée, tourna les talons et claqua la porte.
Chapitre 13 – Mort

_Êtes-vous prêts ? Hurla le gnome aux cheveux gris et aux yeux injectés d'une lumière verte surnaturelle.
Un grand hourra tonna en guise de réponse, traînant son écho sur la petite parcelle de glace suspendue au-dessus du vide vertigineux de la Couronne de glace.
Un groupe de dix combattants se préparait à en découdre face à Arthas, le seigneur Liche. Autrefois un beau et talentueux prince promis à un brillant avenir, il s'était laissé corrompre par l'ombre. Devenu le roi Liche, il régnait désormais d'une poigne de fer sur le Fléau, infestant tout le continent du Norfendre.
Les dix Poetic Loosers attendaient tous avec respect le signe du départ de leur chef de guilde et de guerre : Radichou.
_Alors, allons-y ! Pour la Loose éternelle ! rugit le gnome au bicorne d'amiral.
Un humain lourdement armé s'élança le marteau à la main prenant tout son élan pour fracasser la tête de son ennemi mortel. Ce coup ne l’assomma même pas alors que Jiiru le paladin devait encaisser coup sur coup. Loin derrière, un elfe se concentrait en demandant aux forces de la nature de protéger et soigner Jiiru en première ligne. Cet elfe, qui se nommait Papiours, était soutenu dans ses protections par un nain prêtre un peu maladroit du nom de Père Mathieu et d'une humaine en armure de plaque, Obi.
Pendant ce temps, Radichou lançait toutes sortes de graines maléfiques sur les fantômes venus au secours d'Arthas.
Au même moment, Cessis, transformé en félin grâce au pouvoir druidique, lacérait sans relâche le dos d'Arthas. Quand tout à coup, il invectiva ses compagnons :
_Les goules arrivent.
_C'est à mon tour d'entrer dans la partie, rit Kiwï en projetant des bombes incendiaires les unes à la suite des autres.
Chacune des bombes incinéra sur le coup les goules, mais celles-ci furent dépassées par une nouvelle vague d'assaillants avides qui se ruèrent sur la mage. Kiwï entama une danse incroyablement dangereuse entre fuite et attaque.
Jiiru, sous les coups de son ennemi, clama : je suis à bout !
Barekundan, le guerrier nain à l'armure lourde sourit :
_Je m'en occupe, j'adore prendre des coups ! Surtout ceux des naines !
Et il partit en un grand rire contagieux alors qu'il enchaînait les coups de marteau sur le roi Liche, attirant ainsi son attention. Arthas voulait plus que tout tordre le cou de ce nain à la chevelure hirsute. Papiours et ses acolytes se mirent alors à prier pour le courageux nain avec ferveur.
Brusquement, Arthas excédé, invoqua du ciel des sphères de glace qui cheminaient lentement vers les membres du raid.
_Attention aux sphères, prévint Radichou, si elles vous touchent, vous serez expulsés dans le vide ! À toi de jouer Igarf !
Igarf était le petit nouveau de la guilde. Un mage humain aux cheveux poivre et sel motivé et plein d'entrain.
_Avec plaisir chef !
Avec une agilité et une dextérité flagrante, le mage détruisait chaque sphère de glace une à une.
Jiiru éleva la voix une fois de plus :
_Attention, le sol va s’effondrer ! Courez !
Tous se retournèrent et coururent à l'extrémité de la plate-forme de glace suspendue au dessus du vide pour fuir l'éboulement. Père Mathieu murmurait encore quelques prières alors que les autres soigneurs s'étaient déjà carapatés et l’appelaient.
Radichou cria : Père, cours ! ».
Mais c'était trop tard. Dans un tremblement gigantesque, le sol s’effondra et Père Mathieu disparut dans l’abîme.
Papiours et Obi serrèrent les dents :
_Nous ferons de notre mieux pour vous maintenir en vie les amis.
Les prièrent furent répétées plus rapidement et intensément tandis que le combat reprenait.
Alors que le sol au centre de la plate-forme commençait à se reformer, des val'kyrs apparurent dans le ciel et soulevèrent Drakac, un chevalier de la mort qui avait trahi Arthas pour se rallier à la cause de l'Alliance.
_Sauvez-moi ! Gémit-il.
Mages et démoniste visèrent la femme ailée de leurs sorts avec précision et détermination. Drakac fut lâché en plein vol par la val'kyr blessée, retombant avec fracas sur la glace.
_Ouf! Merci beaucoup ! Cette fois, j'ai cru que c'était la bonne !
À peine un seconde pour souffler, une alerte retentit et le sol tout autour de l'arène se mit à trembler. Tous les combattants coururent vers le centre. Les esprits vils en profitèrent pour exploser dans les rangs et affaiblir le groupe. Les deux soigneurs restant suaient sang et eau pour maintenir leurs compagnons en vie. C'est à ce moment-là que Barekundan eut la gorge déchiquetée par Arthas. Jiiru, enragé par la mort de son frère, s'interposa valeureusement entre le roi Liche et les derniers survivants, alors qu'une Valk'yr attrapa Cessis et l'expédia dans l'abîme.
En quelques secondes, la vie du groupe devint critique quand soudainement, tous les corps des combattants tombèrent, morts.
Un grand silence s’abattit sur le sommet froid de la citadelle de la Couronne de glace.
Comme le destin le voulut, Tirion et Terenas, les deux ennemis du roi Liche, entrèrent dans l'arène et immobilisèrent celui-ci. En un sort spectaculaire, Terenas, le père d'Arthas, ressuscita les dix Poetic Loosers. Euphoriques, ils donnèrent ensemble le coup de grâce au terrible seigneur du Norfendre, fléau éternel d'Azeroth.
Alors que celui-ci laissa tomber son épée Deuillegivre à terre et expulsa son dernier souffle, un grand cri de joie unit les acolytes.
Ils avaient réussi ! Eux, les Poetic Loosers. Malgré les coups durs, les départs de la guilde, les défaites, les humiliations... Ils avaient réussi.
Radichou, gonflé de joie, planta avec fierté la bannière de la guilde au milieu de cette plate-forme maudite. Un immense cœur d'or entouré de vert flottait au vent, signe de victoire et de liesse.
_Apparemment tu as eu une belle soirée ! Lança avec enthousiasme Bubblegomm alors qu'elle s'allongeait à côté de sa sœur dans son lit.
_La meilleure, dit Kiwï avec un sourire béat.
_Comment allons-nous fêter ça ? On va à l'Abracadabar ?
Kiwï se retourna vivement vers sa sœur aux couettes roses, une lueur toute nouvelle dans les yeux.
_J'ai une meilleure idée ! Et c'est moi qui conduit, dit-elle en sautant prestement du lit et en attrapant les clefs de la mécabécane sur la console.

_Mais où allons nous ? Demandait Bubblegomm les couettes au vent alors que la nuit les entourait.
_C'est une surprise ! Répondit Kiwï en faisant vrombir la moto.
La bécane filait à vive allure sur les routes enneigées. Elles arrivèrent très vite à l'entrée d'une grande bâtisse qui ressemblait à un temple ou une abbaye.
_Viens, dit Kiwï devant sa sœur hésitante et perplexe.
Kiwï frappait à la porte en bois quand une petite fenêtre grillagée, percée dans la porte, s'ouvrit.
_Mais qui est-ce qui vient nous déranger à une heure pareille, maugréa une voix de matrone.
_C'est moi, sœur Héloïse. Kiwï.
La porte s'ouvrit tout de suite et sœur Héloïse entoura Kiwï de ses bras.
_Ah ! Kiwï ! C'est si bon de te revoir !
_Je te présente ma sœur, annonça la gnomette en désignant Bubblegomm.
Sœur Héloïse resta stupéfaite. Elle ne sut quoi dire.
_Eh beh salut, dit gauchement la plus jeune des sœurs.
Elles entrèrent toutes les deux dans le bâtiment à l'architecture simple. Kiwï guidait leurs pas avec son petit trottinement habituel. Elle stoppa devant une porte ressemblant à toutes les autres et inspira un grand coup.
_Voilà Bubblegomm, je ne savais pas comment t'annoncer la nouvelle. J'attendais surtout de te faire assez confiance pour te le dire.
A ces mots, Kiwï ouvrit la porte, laissant entrevoir sa mère prostrée de douleur sur son lit.
_Je te présente notre mère.
Bubblegomm, complètement abasourdie s'introduisit dans la pièce et découvrit sa mère le visage crispé, les dents grinçantes, les doigts rongés et la peau aussi livide qu'un mort.
_Oh mon Dieu ! Lança-t-elle en se précipitant sur sa mère.
_Non, ne fais pas ça, l'empêcha Kiwï. Elle a de graves crises de violence et elle pourrait te faire très mal.
À quelques centimètres de sa mère, Bubblegomm porta sa main sur la bouche.
_Je l'ai récupérée à Gnomeregan après des années à rester rongée par la maladie. Je l'ai emmenée ici pour la soigner. Comme tu le vois, les soins ne sont pas du tout adaptés mais avec l'académie d'alchimie, nous sommes en train de créer un remède pour la guérir. Non seulement elle, mais aussi tous les gnomes infectés. Nous sommes tout près du but.
_Depuis combien de temps tu la laisses souffrir ainsi ? Interrogea Bubblegomm d'une voix blanche.
_Malheureusement trop longtemps, avoua Kiwï tristement.
_Comment.... Comment as-tu pu me cacher ça ? Bouillonnait la démoniste.
_Je suis désolée, je voulais te le dire tout de suite mais je ne savais pas comment tu le prendrais et je ne voulais pas vous faire souffrir l'une ou l'autre.
_Je crois que pour ça c'est trop tard, avança très froidement Bubblegomm d'une voix que Kiwï ne connaissait pas.
Puis tout doucement, Bubblegomm s'approcha de sa mère en esquivant le geste de protection de sa sœur. Elle prit les mains de sa mère dans les siennes en lui chuchotant avec tout l'amour du monde :
_Maman ?
Celle-ci lui asséna un violent coup au visage et noua ses mains autour de la gorge de sa fille terrorisée, tentant ainsi de l'étrangler. Kiwï réagit très vite en attrapant sa mère à bras le corps et la maintenant sur son lit tout en dégageant les sangles de cuir pour l'attacher.
_Non ! Ne fais pas ça, cracha Bubblegomm en repoussant violemment Kiwï qui resta sonnée quelques secondes au sol. Comment peux-tu la faire autant souffrir ? Comment peux-tu lui infliger ça ?
Les larmes coulant abondement et la voix chevrotante de colère, Bubblegomm sortit sa dague. Avant que Kiwï ait pu faire le moindre geste, elle poignarda en plein cœur sa mère en chuchotant :
_Pardonne-moi maman. Repose-toi à présent.
Bubblegomm n'eut pas le temps d'arracher le poignard sanguinolent du cœur de sa mère car Kiwï se rua sur elle comme une flèche avec un cri de douleur aigu. Elle frappait sa sœur au visage à grands coups de poing, encore et encore, lorsque tout à coup, une voix très faible et douce murmura :
_Non, petite couette. Arrête.
Kiwï suspendit son geste et tourna les yeux vers sa mère mourante qui lui sourit tendrement. La gnome se retrouva instantanément au chevet de sa mère. Celle-ci sombra dans les ténèbres, la dague toujours plantée dans son cœur. Aveuglée par ses larmes, Kiwï ne remarqua même pas que Bubblegomm avait disparu.
Chapitre 14 - Cataclysmes

Kiwï entra dans son laboratoire le regard terne et le visage défait. Ses couettes à moitié détachées couvraient une partie de son visage. Calmement, elle tendit les bras pour attraper son bâton de mage posé dans un coin. Pendant un instant, elle scruta tout autour d'elle et se remémora le temps passé dans sa quête dérisoire. Toutes les soirées plongée au-dessus de ses livres d'alchimie et de ses herbiers. Toutes ces heures à distiller chaque plante cueillie soigneusement sur chaque territoire d'Azeroth. Toutes ces fleurs récoltées de ses propres mains, qu'elle avait chiné, recherché, dans les buissons épineux, les montagnes les plus hautes, les océans les plus profonds, les donjons les plus dangereux. Avec brutalité, elle abattit son arme sur son alambic. Le verre éclata immédiatement en mille morceaux, projeté dans tous les sens, laissant même quelques éraflures au visage de la gnome. Avec rage et désespoir, le bâton continua sa besogne en s’abattant une fois, deux fois, mille fois sur l'établi d'alchimie. Les projectiles volaient partout. Les flacons furent brisés un par un. Du liquide de toutes les couleurs dégoulinait du plan de travail. Les pas rageurs de la gnomette crissaient sur le verre pilé. D'un claquement de doigt, Kiwï enflammait les notes, cahiers et bouts de papier éparpillés un peu partout dans la pièce. Les pages des livres flambaient comme des brasiers remplis de charbon. Les fleurs, quant à elles, connurent le même sort. Des flammes s'échappaient des sacs en lin contenant des centaines de fleurs séchées. Rien ne fut épargné. Tout devait être saccagé, détruit, réduit en cendre. Sous chaque coup de bâton ou claquement de doigt, vibraient la souffrance et la colère. Elle ressentait le besoin de tout détruire. Tout consumer. Comme tout ce qui résidait dans son cœur à présent.
Alertée par le bruit, Lilas, l'assistante de Kiwï, ouvrit en grand la porte.
_Mais enfin, maîtresse Kiwï, que se passe-t-il ici ?
Kiwï ne parlait pas. Elle continuait de fendre le tableau sur lequel étaient écrites à la craie de multiples formules. Les flammes léchaient la robe de la mage sans jamais la brûler.
_Je vous en prie, Dame Kiwï. Arrêtez ! Je vous ai cherchée partout ce soir. Car ça y est ! Le laboratoire n°5 a réussi à stabiliser la formule ! Nous avons trouvé ! Révéla Lilas, des étincelles de joie dans les yeux.
À ces mots, Kiwï lâcha son bâton dans un son mat et s'effondra à genoux sur le verre pilé, mélangé à de nombreux liquides visqueux. Elle se tenait le visage entre les mains. Lilas approcha prudemment. Aucune larme ne coulait des petits doigts de la gnomette. Prostrée ainsi, un grand silence s'étira sans que Lilas n’eut le courage de le briser.

Cette nuit-là, Azeroth s'écroula. Un énorme cataclysme balaya les continents des Royaumes de l'est et de Kalimdor : inondations, sécheresses, déforestations, raz de marée, tremblements de terre. Rien ni personne ne fut épargné. Aile de mort, l’Aspect dragon corrompu, a brusquement surgi des entrailles de pierre du Tréfonds, le domaine de la terre dans le plan élémentaire. Régulièrement, celui-ci plongeait du haut des cieux pour cracher ses flammes infernales sur les bâtiments et la population, qui essayait tant bien que mal de survivre.
Pourtant, loin de se laisser abattre alors que les grandes capitales étaient durement touchées, une armée de héros se levait déjà pour combattre et protéger leur terre.

_Bienvenue dans l'opération Gnomeregan, annonça le roi Mekkanivelle du haut de son autruche mécanisée alors que le vent froid soufflait sur la surface enneigé de l'entrée de Gnomeregan bientôt rebaptisée la Nouvelle Brikabrok. Dans peu de temps, l'assaut de Gnomeregan sera lancé, et le mekgénieur Thermojoncteur et ses troupes devront rendre des comptes ! Thermojoncteur a souillé les profondeurs de notre foyer pendant bien trop longtemps, défendu par une armée corrompue et irradiée.
L'assaut débutera dans quelques instants ! Soyez prêt, recrues, ce combat n'est pas pour les âmes sensibles.
Quelques flocons de neige commençaient à tomber du ciel, rendant l’atmosphère encore plus froide et humide. Des centaines de soldats venant de tout Azeroth levaient les armes et le menton, prêt à reprendre Gnomeregan au signal du chef des gnomes.
Celui-ci, toujours sur sa monture, s'approcha avec un bruit mécanique imposant et un nuage de fumée noire vers un groupe de cavaliers gnomes.
_Médecin-général Girodent, est-ce que tout est prêt pour l'attaque ? Demanda Gelbin Mekkanivelle.
La gnomette aux cheveux bruns nattés en macaron sur chaque côté de la tête dévisageait gravement le chef gnome. Ses yeux demeuraient cernés et fatigués. Elle avait travaillé toute la nuit avec les alchimistes et les ingénieurs pour organiser la prise en charge de chaque gnome infecté et le nettoyage de Gnomeregan. Elle avait choisi la voie de la prêtrise, ce qui se révélait une réelle innovation pour les gnomes. La prêtresse tourna alors son regard vers Kiwï et Radichou tout à côté. Radichou, toujours droit sur son mécatrotteur, son bicorne recouvert d'une fine couche de neige, avait les mâchoires crispées et la mine sombre. Sur son énorme drake osseux couvert de sang séché, Kiwï avait les couettes tombantes, blanchies et givrées par la neige.
_Normalement, tous les diffuseurs et les injecteurs du remède n°5 sont prêts, déclara durement Kiwï.
_Les mécano-tanks et les gyrocoptères sont opérationnels, assura Radichou.
_Merci. Et vous, à l'IMUN, commandant Tournevrille ? interrogea Gelbin au chef de cette escouade de choc spécialement formée pour les missions à haut risque.
Radichou souriait en coin en pensant à son impossible frère Avrelivs, recruté dans le plus grand secret par cette escouade d'élite. Il espérait que tout se passe bien pour lui en ce moment même. Mais de toute façon, personne n'était en sécurité par les temps qui couraient.
_Le capitaine Étincetuyère ordonnera à chaque recrue de suivre l'entraînement du sergent instructeur Nébulevier, et de tester les capacités fonctionnelles des tout nouveaux mécano-tanks en situation, avant qu'ils ne soient envoyés au front. Puis ils seront appelés par le pilote Muserouage pour neutraliser les diffuseurs de radiations qui défigurent l'horizon de Gnomeregan, en les bombardant de Radiageigatrons lors d'incursions aériennes éclairs ! L'escouade de l'Agence tout Riskiki travaillera au cœur de Gnomeregan en toute discrétion. D'ailleurs, l'agent Marvin vous fait savoir que tout va bien pour lui, Sieur Radichou. Cette opération se déroulera sans accroc, croyez-moi.
_Merci, souffla Radichou alors qu'il comprenait que Marvin était sans doute le nom de code de son bien aimé frère.
_Merci beaucoup, répéta le roi gnome. L'ignoble Thermojoncteur n'est pas un gnome à prendre à la légère, et son arrogance causera sa perte. Malgré cela, il serait mal avisé de le sous-estimer : il se prépare indubitablement à faire face à cet assaut, et met probablement déjà sur pied une force armée d'une puissance encore jamais vue. Seuls les héros de l'Alliance les plus endurcis seront mobilisés pour l'opération Gnomeregan. Le combat se déroulera en trois étapes : les attaques aériennes, le poste de commande en surface puis l'invasion des tunnels dans les profondeurs de Gnomeregan.
Puis, avec un ton plein d'émotion, Gelbin chuchota :
_Je ne pourrais jamais vous remercier de toute l'implication et des sacrifices que vous avez réalisé pour cette noble cause. Sans vous, rien n'aurait été possible.
Kiwï serra les dents, Radichou pensa à son frère, le Doc essuya ses larmes de fatigue, le commandant de l'IMUN mâchouillait son cigare couvert de neige.
_Il est temps de lancer l’assaut, déclara le chef des gnomes. Bobbledopple, entonnez l'hymne des gnomes, s'il vous plaît. Que les bannières violettes, aux deux clefs à molette croisées entourées d'un rouage orange claquent au vent. Peu importe la neige, aujourd'hui Gnomeregan sera de nouveau à nous.
En s'avançant vers l'armée formée devant lui, Gelbin Mekkanivelle clama :
_Gnomeregan doit être purgée de toute radiation nocive, et libérée des troggs qui l'infestent. Il est temps de récupérer cette merveille des temps modernes. Gloire aux gnomes, gloire à Gnomeregan !
Gnomeregan fut partiellement sauvée. Les gnomes lépreux furent partiellement soignés. Mais déjà tout le monde se consacrait aux nouveaux défis que lançait Aile de Mort aux quatre coins d'Azeroth. Kiwï se fichait de tout ça. Plus rien ne l'atteignait. Une seule chose l’intéressait : en découdre avec le plus d'ennemis de la Horde possible.
Elle avait fondé avec Radichou et Sheela une équipe de combat pour croiser le fer avec les hordeux dans des arènes. Rien ne lui faisait plus plaisir que de voir un à un les membres d'une équipe adverse tomber sous ses flammes. Sa soif de sang n'avait pas de limites. Elle avait même entraîné sa guilde sur les pires champs de bataille d'Azeroth pour satisfaire son besoin de violence. Elle était devenue une gladiatrice. Une combattante sans foi ni loi qui n'hésitait pas à battre son adversaire avec fourberie si nécessaire. Ses amis autour d'elle voyaient bien que sa colère la rongeait de l'intérieur. Mais ils s'efforçaient de l'aider comme ils pouvaient en la soutenant et en l'accompagnant dans tous ces combats. Radichou tacha à plusieurs reprises de la raisonner, mais aucun argument ne la faisait dévier de son chemin tracé de sang et de cadavres.

Avec fracas, la grande tour de pierre s'effondra sur elle-même comme un château de cartes.
_Ils vont moins faire les malins sans cette tour, sourit Radichou par-dessus le boucan de la démolition.
Non loin de lui, Kiwï vérifia qu'un troll chasseur était bien mort et ne faisait pas semblant en l'égorgeant bien proprement.
_Essaie de faire de la capoeira maintenant, cracha la gnomette du sang plein les mains.
Quelques gouttes de pluie commençaient à tomber sur le sol terreux de Tol Barad, l'île ravagée, l'ancien bastion humain située dans la Baie de Baradin.
La Horde souhaitant avoir un avant-poste proche des Royaumes de l'est, décida de reprendre les îles de Tol Barad. Les Gardiens de Baradin, qui étaient sur place, avaient une force militaire moindre. Ils ont donc par la suite rejoint l'Alliance, qui leur a envoyé des troupes de soutien sur place.
Un grésillement se fit entendre. Sheela, la druidesse elfe, décrocha de son ceinturon une radio gnome et augmenta le volume : « La voie est libre pour prendre la Forgeresse, on fonce ? » demanda la voix émise qui était celle d'Igarf, le mage avec qui Kiwï et Radichou avaient tué le roi Liche. Il avait pris du galon dans la guilde, devenant même officier.
Les trois acolytes se jetèrent un coup d’œil et sans rien dire firent vrombir leurs mécabécanes en direction de la Forgeresse.
Il ne fallut que quelques mètres pour que les trois Poetic Loosers tombassent dans une embuscade. Une orquette sournoise assomma par derrière Sheela alors que Radichou subissait déjà les assauts d'un singe qui l’empêchait de se concentrer sur ses sorts. Le maître de ce singe se trouvait un peu plus loin et canardait Kiwï avec ses balles. Celle-ci les évita avec une roulade et déposa une rune de gel sur le sol. Radichou bouscula la voleuse orque sur la rune qui l'immobilisa instantanément tandis qu'il déposait toutes les malédictions possibles sur le chasseur. Sheela reprit conscience et d'un coup de bâton projeta le singe à plusieurs mètres du groupe. Le chasseur tenta de fuir mais l'énorme boule de feu que Kiwï venait d'incanter le suivit et le tua sur le coup. Au loin, Drakac le chevalier de la mort, Vidin le paladin et Igarf arrivèrent en renfort alors que Radichou achevait la voleuse et que Sheela pansait les blessures des uns et des autres.
_Bon, on y va à cette Forgeresse ?
Le chemin devenait de plus en plus boueux à mesure que la pluie s'intensifiait.
_Apparemment, ils sont au moins cinq à garder la Forgeresse, déclara Radichou alors qu'il se concentrait sur un sort appelé œil de Kilrogg pour espionner de loin les affaires de la Horde. Je ne vois pas de soigneur.
_Six contre cinq, nous allons les manger tout cru, souriait Drakac.
_On tente une approche brutale ? Demanda Vidin.
_J'aime quand c'est brutal, sourit Kiwï.
Drakac et Vidin s'approchèrent les premiers de la zone de danger car ils demeuraient mieux protégés par leurs armures de plaques. Dissimulés derrière, Kiwï, Radichou et Igarf leur emboîtaient le pas et lançaient à distance les sorts qu'ils pouvaient. Sheela restait totalement cachée pour soigner ses camarades en toute discrétion.
Le groupe de la Horde fondit instantanément sur eux.
_Ils ont un soigneur, observa Igarf, il faut le trouver.
_Je fonce le débusquer, annonça Radichou qui enclencha à mi-course ses bottes fusées... qui rencontrèrent aussitôt un dysfonctionnement et paralysèrent Radichou sur place.
Blasée par l’ingénierie gnome, Kiwï se faufila entre les combattants pour accéder à la deuxième muraille, Igarf sur les talons. Dès que le duo dépassa le mur ruisselant de pluie, ils se retrouvèrent face à un énorme groupe d'ennemis armés jusqu'aux dents. C'est un gobelin avec une capuche qui tira le premier. Une balle se logea immédiatement dans le flanc de la gnomette.
En une seconde, elle créa trois sosies illusoires pour susciter une diversion et fit volte-face malgré la douleur qui lui scindait les reins, abandonnant ainsi lâchement Igarf. Un tauren tenta de lui barrer la route mais elle le transforma en tortue. Assis près de la sortie, un guetteur lui tournait le dos. Avec difficulté, elle sortit une potion de soin de sa besace et la but d'un trait. Le battement saccadé du pouls dans ses tempes s'évanouit et sa vision s’éclaircit. À pas de loup, malgré la pluie et la boue, Kiwï s'approcha du guetteur et, dans un craquement terrifiant, lui brisa le cou de ses deux mains.
Elle était isolée de son groupe et personne ne répondait à la radio. Le combat avait pris de l’ampleur au pied de la Forgeresse. Ce n'était plus son petit groupe contre quelques hordeux mais les deux armées entières face à face, empêtrées dans une boue lourde. Il ne restait plus beaucoup de temps pour prendre ce dernier rempart.
Après avoir repris des forces grâce à un petit pain de manne, Kiwï contourna le gros de la cohorte et s'obstina à atteindre le drapeau menant à la victoire. Sa radio grésillait : « Dites, y a du hordeux derrière la deuxième muraille ? ». Sans scrupule, Kiwï appuya sur le bouton et répondit « non, allez-y ». Un groupe isolé dépassa alors le deuxième mur et chacun de ses membres fut abattu un à un. Kiwï profita de cette diversion pour contourner l'ensemble et passer par derrière pour atteindre son objectif.
Au pied du drapeau, un mort-vivant aux orbites vides et à la mâchoire tombante regardait au pied du rempart et non dans sa direction. Elle l'immobilisa grâce à un cercle de givre et atteint enfin le drapeau tant convoité. Il nécessitait qu'elle reste quelques secondes en vie à côté de celui-ci pour valider la prise du fort.
Brusquement, le mort-vivant cassa le cercle de givre et la poignarda de sa dague empoisonnée. Kiwï sentit le poison remonter le long de ses veines et ralentir son rythme cardiaque. Sa vue se brouilla quand un allié transperça les poumons du mort-vivant. La gnomette tomba à genoux dans la boue froide.
_Reste assise, chuchota l'allié dont la voix lui semblait familière. Si nous restons en vie encore un petit moment, nous gagnons.
Des points noirs dansaient devant ses yeux mais son ouïe lui indiqua qu'un fusil venait d'être armé non loin. Avec une vitesse fulgurante, Kiwï saisit l'allié et s'en servi comme bouclier humain. Les trois balles percutèrent à la suite le cœur de son sauveur, le tuant sur le coup.
Une cloche au loin retentit. Le son de la victoire.
L'Alliance avait gagné Tol Barad.
Les combattants de la horde fuirent, tandis que ceux de l'Alliance les poursuivaient sans pitié. Le corps lourd de l'inconnu s'effondra aux pieds de la gnomette. Alors que celle-ci recouvrait la vue, elle fut tétanisée en découvrant le visage de l'homme qu'elle venait de tuer. Ce visage, elle l'avait vu six ans auparavant tout proche de sa maison d'enfance alors qu'elle était attaquée par un troll. Cet homme, c'était l'Homme. Le premier humain qu'elle avait rencontré. La première personne qui lui avait parlé de son don, qui l'avait encouragé à le développer. Celui qui lui avait dit qu'un jour c'est elle qui lui sauverait la vie. Et pour la première fois depuis la mort de sa mère, la première fois depuis plus d'un an et demi, elle pleura. Toutes les larmes restées au fond de son cœur, si lourdes et si amères se déversèrent en un immense torrent de regrets et de chagrins.
C'est ainsi que Radichou la retrouva, effondrée, entre le drapeau de la Forgeresse et le cadavre de son mentor, sous une pluie torrentielle. Radichou, avec toute la douceur du monde, souleva la gnomette dans ses bras et lui essuya la boue qu'elle avait sur le visage de son mouchoir en douce étoffe de braisesoie.
_Ne t’inquiète pas, ma douce, je te ramène chez toi.

Lentement, la porte s'ouvrit sur la petite maison de Joseph et Pimpanella, les parents adoptifs de Kiwï. Un feu brûlait dans la cheminée et une marmite offrait d'agréables effluves de ragoût aux légumes. Encore trempé, Radichou salua silencieusement les deux vieux nains qui lui indiquèrent l'ancienne chambre de la gnomette. Celle-ci s'était enfin endormie après une longue crise de larmes. Le gnome allongea avec douceur la mage dans son lit malgré la boue qui collait encore à ses vêtements, en lui retirant ses chaussures et ses chaussettes. Il lui lissa les cheveux avec bienveillance et lui chuchota avant de partir :
_Repose-toi, ma bien-aimée... Repose-toi.
Bonjour chers lecteurs, un petit mot pour vous prévenir que dame Kiwï ne peut plus poster de message sur ces forums, apparemment ceux qui n'ont pas d'abonnement actif n'en ont pas la possibilité.
Si jamais la suite de l'histoire vous intéresse, vous la trouverez sur notre forum, celui des Poetic Loosers, à cette adresse :

https://forum.poeticloosers.net/showthread.php?tid=14

Merci à vous !

Radichou

Rejoignez la discussion

Retour au forum