Sin'Dorei : les enfants du sang

Vie de la communauté World of Warcraft
Bonjour à tous, voici le début d'un petit récit de mon cru retraçant le "parcours" des Sin'Dorei durant Burning Crusade vu à travers les yeux de deux jeunes elfes de sang.
Je suis bien entendu preneur de tout commentaire, remarque, correction, tant sur la forme que sur le fond.
En vous remerciant beaucoup ne serait-ce que d'avoir pris de votre temps pour lire et en espérant de tout coeur que vous apprécierez, bonne lecture à tous.

- PROLOGUE : LES ENFANTS DU SANG :
http://eu.battle.net/wow/fr/forum/topic/2565246637?page=1#1
- CHAPITRE 1 : LE DÉPART :
http://eu.battle.net/wow/fr/forum/topic/2565246637?page=1#3
- CHAPITRE 2 : LES RUINES DE LORDAERON (correspondance) :
http://eu.battle.net/wow/fr/forum/topic/2565246637#7
- CHAPITRE 3 : PREMIERS CONTACTS (flash back)
http://eu.battle.net/wow/fr/forum/topic/2565246637?page=1#9
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PROLOGUE : LES ENFANTS DU SANG

Le soleil inondait les ruines de Lune d'Argent d'une lumière puissante ce jour là , rendant à ces bâtiments désolés un semblant de vie et surtout une part de leur éclat d'antan. Anaria avançait en sautillant tout en imaginant ce qu'avait pu être autrefois cette cité lorsqu'elle était encore protégée par le bouclier arcanique érigé par ses ancêtres Quel'Dorei.
Qu'ils avaient eu raison de s'installer en ces lieux. Si jeune qu'elle était, elle pouvait sentir les énergies telluriques environnantes : preuve qu'elles étaient, ici plus qu'ailleurs, d'une puissance incommensurable. Quel autre endroit en tout Azeroth aurait pu abriter le puits source de toute leur magie ? Même si elle ne connaissait pas le reste du monde qu'elle arpenterait bien plus tard, elle était convaincue qu'il n'existait terre plus propice à l'établissement de leur peuple, et d'ailleurs, elle était persuadée qu'aucun lieu en ce monde ne pouvait être plus beau et radieux.
Le printemps éternel, cette expression souvent employée par sa mère pour désigner leur région ne pouvait mieux décrire ce qu'elle ressentait lors de ses escapades fugitives de plus en plus nombreuses au fil des années. Devant elle se trouvait l'allée du pont-du-jour seule route sûre pour atteindre les terres de haut-soleil. Au loin, deux gigantesques flèches, reliquats de l'ancienne porte nord de Lune d'Argent, semblaient pouvoir percer le ciel azur de leur sommet rougeoyant. Deux gardes patrouillaient sur l'allée sur ordre de Rommath, récemment revenu dans leur royaume leur apporter la parole de leur Prince. Il n'était pas rare que les estafettes faisant le trajet entre les terres de Haut-Soleil, dédiées à l'entraînement des soldats elfes, et la capitale, soient attaquées par les créatures abandonnées qui avaient investi les ruines.
Elle vit sur le côté de la route ces arbres, autrefois verdoyants et rayonnant de magie, dont les branches se craquelaient les unes après les autres et dont les feuilles prenaient peu à peu un teinte de bronze. Le printemps éternel a laissé place à l'automne éternel songea-t-elle mélancolique. En réalité, ils étaient, à l'instar de tous les êtres vivants du royaume, privés de leur unique source de magie et de vie, le Puits de Soleil.

Elle n'avait pas connu les guerres qui avaient souillé à jamais cet endroit. Elle ne pouvait s'imaginer la fureur des combats devant un ennemi si nombreux et puissant qu'il avait fini par anéantir ces magnifiques bâtiments et administrer d'horribles cicatrices à ses terres chéries. Bien sûr, elle avait entendu des histoires, celle des mages passant et repassant dans l'arcanum de son père en quête de conseils ou tout simplement d'une oreille attentive pour raconter leurs combats. Souvent il lui avait dit de monter à l'étage, sa mère la prenait alors par l'épaule et lui chuchotait des comptines d'une époque révolue où leur peuple vivait en autarcie, loin de toute querelle.
Maligne dès son plus jeune âge, elle faisait mine d'être endormie et, une fois que sa mère avait quitté la chambre, collait sa longue oreille contre le plancher pour entendre les épiques récits de ces hommes balafrés dont les yeux brillaient d'un vert émeraude. Nul doute que ses parents avaient eux aussi vécu ce traumatisme, cette attaque proférée par ces monstres immondes relevés de la mort.
Mais ils voulaient la préserver de ce passé. Elle était l'un de ces enfants d'après-guerre - "enfants du sang" - incarnant le renouveau de leur peuple et l'espoir en une terre nouvelle, un paradis où ils pourraient reconstruire leur civilisation à jamais souillée en ces terres maudites. C'est pourquoi elle portait ce nom, synonyme dans sa langue de lumière, d'espoir et de renouveau. C'est tout du moins ce que lui avaient dit ses parents.

En se retournant, elle se rendit compte qu'elle ne pouvait presque plus apercevoir la place des pérégrins, seul endroit rénové et habité de ces ruines. Des deux côtés du pont, d'anciens bâtiments tenaient encore debout.
Ce qui avait dû être un observatoire était désormais privé de son aile droite et une puissance maléfique semblait émaner de l'intérieur dont l'absence de lumière avait de quoi glacer le sang du plus aguerri des aventuriers.
Elle s'arrêta devant une immense statue d'une forestière, l'arc à la main prête à décocher une flèche meurtrière. La statue penchait dangereusement et menaçait de choir dans un fracas assourdissant si personne ne s'en occupait rapidement. "On dirait qu'elle est s'apprête à tirer une flèche vers les cieux" murmura Anaria à voix basse.
Elle s'extirpa de ses pensées et songea qu'elle ne s'était jamais aventurée aussi loin de son foyer. D'abord grisée par cette découverte, elle fut rapidement saisie par la peur de l'inconnu. Elle savait qu'il existait ici encore des résidus du passage de ces êtres non-morts et son père l'avait déjà sérieusement rabrouée la fois où une aubergiste l'avait ramenée à l'arcanum...
Alors qu'elle n'était âgée que de quelques années à peine, elle avait fugué en quête d'aventure. La plupart des gens qu'elle croisait, trop affairés à reconstruire leur cité démolie, l'avait ignorée. D'autres, voyant sa chevelure d'un blond éclatant refléter les rayons du soleil et son grand sourire illuminer leur journée, lui avait parlé gentiment, ou lui avait donné une babiole avec laquelle elle pourrait s'amuser. Elle avait ensuite contemplé des ouvriers réparer une immense statue d'un mage près de ce qui fut l'entrée de la ville. Elle était restée assise à contempler la splendeur de ce mage pendant des heures. Qu'il devait être puissant pensa-t-elle, puissant et sage... Elle avait fini par franchir, son sourire naïf aux lèvres, les rideaux d'une auberge. L'aubergiste d'abord ébahie par cette enfant resplendissante, l'avait ensuite grondée d'avoir été si aventureuse et l'avait ramenée, non sans mal, à ses parents.

Elle s'arrêta soudain, semblant entendre des gémissements provenant de sous le pont. Tendant ses grandes oreilles, témoins des origines elfiques de son peuple, et entendit un râle de souffrance, un souffle lancinant. La jeune elfe tressaillit et sentit un fluide glacé lui traverser l'échine. Plus les secondes s'égrenaient, plus le râle devenait faible, jusqu'à ce qu'elle ne put entendre qu'un halètement de douleur. Elle finit par descendre, la faute à sa curiosité naturelle qui donnait du soucis à sa famille toute entière.
Elle fut surprise par ce qu'elle trouva là, gisant le dos appuyé contre le fondement du pont. Un enfant, à peine plus âgé qu'elle lui tendait sa main. Il écartait ses doigts de toute leur longueur puis refermait brusquement la paume de sa main, comme s'il cherchait à lui prendre quelque chose. Ses yeux étaient d'un vert vitreux et son teint blafard. Tout dans son allure dénonçait une soif avide de magie non assouvie. Elle avait déjà vu certains clients entrer dans le magasin avec de tels "symptômes", prise de pitié, elle leur donnait souvent à manger et à boire en attendant le retour de son père, mais ce n'était pas une faim naturelle dont ils cherchaient à se rassasier. Même s'ils la remerciaient par pure politesse, cela ne les guérissait point.
Lui était dans un piètre état, et agonisait lentement, les yeux perdus dans le vide. Elle se rendit finalement compte que les mots qu'il proférait était en Thalassien, sa langue natale :
"Shindu Falla'nah..."
Puis il sembla rendre l'âme.
CHAPITRE 1 : LE DÉPART

Ils étaient tous réunis au magasin, famille, amis, ... Et la fête battait son plein. Les rideaux de l'échoppe, d'habitude fermés, étaient aujourd'hui grand ouverts, indiquant que tout habitant de la ville était convié à venir fêter le départ de la fille tant aimée du foyer. Ça et là, des notables de Lune d'Argent faisaient la conversation, oubliant leur tracas en posant la main sur les têtes blondes de leurs enfants en signe de bienveillance. Arborant de grands sourires, ils semblaient aujourd'hui avoir laissé de côté leurs tracas. Comme si la source de tous leurs maux s'évanouissait en ce jour béni où leurs enfants partaient en quête de la terre promise.

***

Un peu plus tôt dans la journée, les instructeurs de Lune d'Argent avaient, dans une cérémonie solennelle, remis leurs armes aux jeunes Sin'Dorei qui devraient représenter leur peuple à travers le monde. Leur instruction était terminée et ils allaient devoir voler de leurs propres ailes et découvrir les contrées d'Azeroth. L'investiture se tenait dans la flèche de Solfurie, au nord de la partie reconstruite de la ville. Les élèves s'étaient rassemblés dans une petite allée dans les bas-fonds de la cité puis avaient marché en rang, autour de la fontaine de la Cour du Soleil.
Cette place centrale et tous ses ornements étaient arrivés, à l'unanimité, en tête de la liste des bâtiments à reconstruire au plus vite. Les elfes, friands de symboles en tout genre, voulant faire de cette cour majestueuse le point central de leur nouvelle vie. Quelques commerçants, triés sur le volet, s'étaient vus accorder l'immense honneur de pouvoir établir leurs quartiers dans un angle de cette place.
Les recrues s'étaient arrêtés devant les marches menant à au grand hall, et les gardes, ses brises-sort soigneusement alignés des deux côtés de l'escalier les avaient salués, au garde à vous, faisant claquer leur immense bouclier rouge contre leur armure. Marche après marche, l'entrée de la flèche de Solfurie se dessinait peu à peu. Deux immenses statues de prêtresses Quel'Dorei ornaient l'entrée. Anaria ne put apercevoir leur visage, tant cela lui aurait demander de lever la tête et risquait de lui faire rompre l'harmonie du défilé auquel elle prenait part.
Une fois entrés dans le bâtiment, les jeunes adultes se répartirent en trois groupes. Les élèves de la lumière, prêtres et prêtresses dont faisait partie Anaria tournèrent à gauche, entrant dans une petite salle ronde. A l'opposé, les jeunes mages firent de même. Un troisième groupe constitué de recrues en armure de maille continua tout droit vers le fond de la salle franchissant les deux immenses voiles bleus qui marquaient la séparation avec le quartier de l'intendant et la salle de commandement.
Dans cette pièce les attendait Dame Liadrin, une magnifique elfe à la chevelure rousse portant un tabard sombre orné d'un sceau rougeoyant. Elle était grande et son visage et sa bouche, d'une finesse remarquable, contrastaient avec le reste de son corps plus musclé que celui de ses consœurs.
Ils s'arrêtèrent devant elle en rangs serrés, les bras le long du corps. Elle s'avança vers eux d'un pas lent et assuré. De gauche à droite, puis en sens inverse, elle repassa devant eux sans leur adresser le moindre regard, la tête haute. Elle gravit la rampe qui la séparait du balcon surplombant la pièce puis se mit soudainement à rugir :
"N'oubliez jamais ce que notre peuple a subi ! Au fil des siècles et des batailles, notre peuple a toujours été le plus fier et courageux de tous."
"Rejetés autrefois de leurs terres lointaines, nos ancêtres ont bâti leur propre civilisation, leur propre histoire, à eux et à eux seuls, envers et contre tous. Ils se sont installés dans ce royaume, source de magie dans le monde tout entier. Ce royaume où vous êtes nés, ce royaume qui vous a vu grandir, et ce royaume qui a été meurtri pour toujours."

Elle marqua une pose. Tous l'écoutaient avec la plus grande attention sans un mot ou un geste, de peur que ce dernier ne révèle leur émotion. Elle avait dit vrai : c'était un peuple fier et tout sentiment devait rester enfoui au plus profond de son âme sous peine d'être la considéré comme une faiblesse voire une source de danger. Son discours reprit :
"Une grande partie des ennemis que vous rencontrerez étaient nos alliés en des temps lointains. Ils nous étaient redevables, à nous, descendants des Quel'Dorei, de leur avoir insufflé les voies de la magie."
"Ce sont tous des traîtres ! Des traîtres qui nous ont abandonné lorsque nous avions besoin de leur aide. J'attends de vous que vous les traitiez comme tel."
"Ces elfes de la nuit qui nous ont rejeté, ces humains qui nous ont laissés mourir et qui ont trahi notre Prince bien aimé, le laissant croupir dans une geôle indigne de son rang"

Liadrin faisait référence aux événements récents dont avait été victime Kael'Thas, Prince de Sang, figure emblématique de leur peuple et fils d'Aerendas, leur chef disparu. Alors qu'il cherchait à obtenir de l'aide auprès des humains de Lordaeron après la destruction de leur royaume, Kael avait été piégé puis emprisonné par Garrithos, vil capitaine humain ne jurant que par la puissance de sa race. Ce traumatisme avait affecté tous les elfes de Quel'Thalas, les amenant à haïr cette sous-race à qui ils avaient tant donné, à qui ils avaient enseigné les rouages de la maîtrise de la magie. Le moment n'était pas encore venu, mais ils paieraient un jour cet affront, c'était ce dont Liadrin et ses chevaliers étaient convaincus. Après avoir baissé le poing serré qu'elle faisait trembler devant elle, elle poursuivit :
"Nos alliés de circonstance jalouseront votre pouvoir, méfiez-vous d'eux et ne combattez que pour votre vie et celle de tous les Sin'Dorei. Prenez garde à ces trolls, race sanguinaire et cannibale. Tous nos alliés d'aujourd'hui ont autrefois été corrompus, par quelque forme de magie démoniaque que ce soit, des orcs par Ner'zhul aux morts-vivants du Roi-Liche. Ils sont faibles et ne doivent être aidés que dans le but de servir nos intérêts. Ils n'ont ni notre puissance ni notre maîtrise des énergies magiques de ce monde, ne vous fiez pas à eux.
Ses mots violents à l'égard de leurs nouveaux alliés reflétaient l'opinion d'une grande partie des elfes de sang. Pourtant, abandonnés par la Nouvelle Alliance, ils avaient trouvé dans la Horde une oreille attentive à leur maux, notamment les orcs, qui avaient été animés par le passé d'une addiction semblable à celle que vivaient aujourd'hui les habitants de Quel'Thalas. Même leur chef avait éprouvé un sentiment de pitié en voyant ce peuple se battre contre sa soif de magie, lui qui avait libéré sa race d'une rage similaire. Il avait réussi à convaincre les Trolls et leur chef Vol'Jin, ennemis héréditaires des elfes de sang, d'accepter l'entrée de ce peuple dans la Horde qui avait tant besoin d'alliés.
Mais les Sin'Dorei ne pouvaient s'identifier à ces êtres qu'ils avaient tant haïs et combattus lors de la seconde guerre. Il en était ainsi, et ils étaient peu nombreux à le regretter. Au mieux, certains n'y voyaient que manigance de politicien, les plus véhéments le vivaient comme une humiliation, et s'étaient enfuis du royaume de Quel'Thalas.
Liadrin leva les bras au ciel :
"Si vous êtes devant moi aujourd'hui c'est que nous vous avons jugé apte à défendre l'honneur de notre peuple à travers le monde. N'oubliez jamais ce qui vous lie à ces terres aujourd'hui maudites, que la source de votre puissance est emprisonnée ici, entre les murs de notre capitale. Vous combattrez le mal, qu'il soit humain, mort, ou démon, de toutes vos forces. Jamais vous ne céderez devant quelque ennemi, jamais vous ne serez asservis ou emprisonnés. Il ne tient qu'à vous que l'histoire d'Azeroth retienne votre nom."
Bien qu'ils n'en montrèrent aucun signe tangible, l'émotion semblait gagner les jeunes elfes rangés devant elle. Bien consciente de son fait. Elle marque une pose et les fixa un à un dans les yeux. Une fois son intimidation terminée, elle se redressa et les pointa du doigt :
"Chaque coup que vous porterez sera celui des Sin'Dorei ! Vous êtes dès aujourd'hui et pour toujours des Chevaliers de Sang ! Ne l'oubliez jamais."
Elle hurla à en faire trembler les murs de la cité :
"Anu'belore del'anah !"
Ils reprirent tous en coeur criant aussi fort que leur voix le leur permettait :
"Anu'belore del'anah !"
Parmi la vingtaine de jeunes elfes fièrement au garde à vous se tenait Endal. Alors qu'Anaria, de retour de son investiture en tant que prêtresse dans la salle voisine lui adressait un sourire, il ne la regardait pas, probablement trop investi dans le discours de son instructrice.
Elle se mit à songer : Qui aurait pensé qu'il réussirait, lui, le déshérité, l'orphelin qui ne savait rien de son passé ? Mais il avait fait preuve de volonté, avait réussi dans l'adversité où d'autres auraient abandonné. Il avait fait preuve de nombreuses folies au cours de son entraînement... Ce que Liadrin avait considéré comme du courage, Anaria qui le connaissant si bien savait qu'il ne s'agissait que d'insoucience, d'une forme de folie suicidaire dûe à son dédain de toute vie. Père avait bien essayé de le raisonner maintes fois, discutant avec lui jusqu'au bout de la nuit, lui expliquant les fondements de leur société et de leur peuple, mais non, il avait perdu la foi en la lumière du soleil.
Elle espérait qu'aujourd'hui, devant une telle cérémonie et en enfilant son armure rutilante de chevalier de sang, il prendrait conscience qu'il était l'un des leurs, un enfant du sang comme tous les autres autour de lui, peu importe son passé.

***

"Elle te va drôlement bien ton armure Endal" lui lança-t-elle pendant que les adultes étaient occupés à vanter les exploits de leurs enfants bien aimés.
"Et que dire de ta robe, ma chère, elle te sciait à ravir. Ta mère doit être fière de toi" lui répondit-il tout en se rapprochant.
"Je crois qu'en ce moment, elle est plus occupée à pleurer sa fille qui la quitte qu'à vanter ses talents de couturière" s'amusa-t-elle en jetant un œil vers le fond de la salle, où, effectivement, sa mère inconsolable pleurait dans les bras de sa tante.
"A ce propos, il faudra remercier ton père pour l'armure, je lui rendrai l'argent aussi tôt que je le pourrai. J'en prête le serment"
"Je ne crois pas qu'il attende quelque pièce d'or de ta part Endal, il est de coutume que les parents équipent leurs enfants le jour où ils sont investis des pouvoirs de notre race. Il l'a fait pour toi comme il l'aurait fait pour son fils"
"Il a donc du oublier que je ne suis pas son fils..." murmura-t-il en fronçant les sourcils.
Elle savait à quel point ses mots pouvaient être blessants. Elle avait appris au fil des années qu'il ne fallait pas y répondre autrement qu'avec un sourire amusé. Il avait été animé par la colère et la haine lors de ses premières années, lui valant d'être souvent méprisé par les autres enfants autrement plus calmes mais dédaigneux.
Cela ne lui importait guère, il préferait vivre seul et si son père n'avait pas insisté à de maintes reprises pour qu'il retourne auprès de son instructrice, il aurait repris sa vie d'errance dans les Bois des Chants Éternels. Elle savait cependant qu'ils se vouaient mutuellement un immense respect. Son père le considérait réellement comme le fils qu'il n'avait jamais eu et qu'il rêvait d'avoir, voyant en lui une grandeur d'âme que tous les autres, sauf peut-être Liadrin, semblaient ignorer. Cette dernière avait cependant émis de fortes réticences à lui enseigner la voie des Chevaliers de Sang. Il avait fallu que le père d'Anaria insiste et joue d'une incroyable ténacité, du respect dû à la noblesse de son rang, et de son statut de mage de sang reconnu au sein de la cité pour la faire accéder à sa requête.
Le caractère taciturne d'Endal lui avait valu d'être de nombreuses fois rabroué par ses différents maîtres de classe. Tant et si bien qu'il n'y avait que Liadrin pour lui faire entendre raison. Bon nombre d'entre eux avaient tout bonnement abandonné l'idée de lui enseigner, pensant que rien de bon ne pouvait émaner d'un être si renfermé et enclin à la colère. Elle avait su faire abstraction de son caractère, le prenant à part et l'entraînant dans des discussions interminables à l'écart des autres apprentis paladins. Anaria avait moult fois tendu l'oreille, et même avait essayé de lui faire raconter le contenu de ces entrevues, sans succès. Elle le savait, jamais il ne livrerait une once de récit associé à sa vie personnelle. Elle qui était si délurée, toujours la première à raconter ses aventures, à partager le moindre détail insignifiant d'une histoire sans intérêt, déplorait qu'il en soit ainsi. Elle respectait cependant son silence tout comme lui écoutait attentivement, par pure gentillesse, la moindre de ses affabulations inintéressantes.

Son père éleva la voix et réclama le silence, qu'il obtint instantanément.
"Mes frères et soeurs, je vous ai réuni aujourd'hui pour fêter le départ de notre chère et tendre enfant, aujourd'hui prêtresse du soleil de Lune d'Argent"
Un hourra éclata dans l'assemblée qui fit rougir Anaria, tandis qu'un sanglot à peine camouflée émana de la bouche de sa mère.
"Puisse-t-elle parcourir le monde en quête de la terre promise par notre grand et honoré Prince. Les heures les plus sombres sont derrière nous mes frères, nous avons œuvré et œuvrons encore pour rebâtir cette cité, preuve que n'importe quel ennemi, d'où qu'il vienne, ne pourra anéantir notre peuple et son histoire. Viens auprès de moi ma fille"
Elle s'exécuta et avança doucement vers son père qui l'étreignit.
"Ta mère n'a de cesse de pleurer ton départ ma fille, mais pour autant que je sache, tu es douée et derrière ton magnifique sourire se cache une habile prêtresse tant sur la voie de l'ombre que de la lumière. Tu te débrouilleras très bien, j'en suis convaincu. Et de toute façon tu n'es pas seule, Endal te suivra et je suis sûr qu'il prendra grand soin de toi"
Même si ces paroles auraient pu la vexer, il n'en fut rien, elle savait que même si elle était assez douée au combat, il n'en était rien en comparaison de son compagnon, celui qu'elle considérait comme son demi-frère.
"Approche Endal ! Ton heure est venue, à toi aussi, de recueillir les honneurs qui te sont dus."
Un silence gêné s'empara des elfes présents dans la salle, tous secouant la tête en cherchant du regard le jeune Sin'Dorei. La requête du mage résonna dans l'arcanum sans que personne ne fasse le moindre bruit.
"Où est-il encore passé ? S'étonna Earethas agacé. Anaria, tu discutais avec lui tout à l'heure, t'a-t-il dit où il allait ?"
"Non, j'en suis navrée père, il ne m'a rien dit"
"As-tu dit quelque chose qui aurait pu le courroucer ?"
"Je ne crois pas père, mais il est parfois difficile à cerner tu sais..."
"Je le sais tout autant que toi ma fille, va, et profite de cette soirée, je m'en vais le chercher. Quant à vous mes hôtes d'un soir, je vous en prie, chantons aux futurs exploits de nos enfants et en l'honneur de notre Prince bien aimé. Puissent-ils nous apporter le paradis promis. Gloire aux Sin'Dorei !".
CHAPITRE 2 : LES RUINES DE LORDAERON (correspondance)
Chère mère,
J'espère que tu as séché tes larmes depuis que tu nous as vu emprunter l'orbe de transposition. Bien des choses se sont passées jusqu'à aujourd'hui et nous avons été accueilli par un comité un peu spécial. Ces entités, autrefois relevées de la mort et pour la plupart ayant combattu aux côtés du Roi-Liche ne nous montrent que peu d'égard. Nous avons cependant décidé de les aider. Enfin, il faut bien l'avouer, c'est moi qui l'ait décidé, et Endal m'a suivi. Lui d'habitude déjà peu enclin à discuter avec des étrangers semble haïr nos hôtes du plus profond de son âme. Pourtant, même s'ils ont l'air assez rustres, ils ne sont vraiment pas méchants et m'ont apporté de nombreux conseils conseils quant à la maîtrise de la magie de l'ombre. Leur prêtres sont extrêmement aguerris à la maîtrise de cet art et ne craignent pas la peur. J'en ai vu certains se transformer en de véritables entités d'ombre à forme humaine d'une effroyable puissance. J'espère qu'ils pourront m'apprendre leurs techniques de combat. Nous avons fait le tour de la ville et des zones environnantes lors de nos premières aventures,

Que cette cité devait être rayonnante autrefois ! Ce grand château dominant les Clairières de Tirisfal, où nos ancêtres ont jadis accosté, a sans doute été une splendide capitale d'un royaume humain. Aujourd'hui tout n'est que peine et désolation, et la surface a été abandonnée au profit des entrailles de la ville. Cela doit faire un certain temps d'ailleurs à en juger par la végétation qui recouvre aujourd'hui l'ancienne court du château. La salle du trône est restée intacte quant à elle. Un de ces Réprouvés m'a compté qu'il était autrefois humain, et avait assisté à l'assassinat du Roi par son fils, le Prince Ménéthil. Quand je lui ai demandé quelle était cette folie qui avait pu le pousser à en venir à tuer son propre père, il a pouffé d'un rire sarcastique et assez effrayant. J'ai donc mené ma propre investigation et j'ai compris pourquoi il s'était esclaffé : ce prince Ménéthil n'est autre qu'Arthas, aujourd'hui Roi-Liche qui a saccagé nos si belles terres. Je ne devrais pas te l'écrire dans cette lettre chère mère, mais je vous en veux, à père et à toi, de m'avoir si longtemps caché les secrets de l'histoire de notre monde.

La peste du fléau fait encore des ravages sur ces terres et les bêtes semblent toutes atteintes d'une maladie incurable. Je n'ai aucune sorte d'empathie envers les bêtes et je ne me suis jamais sentie à l'aise qu'avec nos faucons comme tu aimes à le répéter à nos amis, mais j'éprouve vraiment de la pitié pour ces bêtes maudites. Dans le tréfonds de Lordaeron, une autre ville semble être née. Cette architecture est pour le moins spéciale. Une sorte de ruisseau vert dégoulinant d'un abject liquide verdâtre fait le tour de la cité et une tenace odeur de chair pourrie recouvre les lieux. Nous avons établi nos quartiers près de ce qu'ils appellent l'Apothicarium. Il semble qu'il s'agit d'un endroit où ils se livrent à des expériences douteuses, mais je ne m'y aventurerai pour rien au monde tant ces apothicaires me paraissent apprécier qu'on les laisse en paix. Il n'est pas rare que nous entendions des cris la nuit. Je n'ose pas imaginer le genre d'expérience qu'ils peuvent bien mener dans leur magasin. Lune d'Argent, même en ruine, me manque tellement. Ses flèches qui peuvent toucher le ciel, les rideaux des échoppes battant au vent langoureux de Quel'Thalas, et le soleil illuminant notre beau (même meurtri) royaume... Ici nous sommes enterrés, et heureusement qu'Endal est là sinon je ne saurais dire si nous sommes le jour ou la nuit. Ils ne semblent guère s'en soucier ici. Comment décrire ces créatures abominables assemblés de morceaux de chair humaine cousus entre eux. Bien qu'ils ne soient pas agressifs, j'ai du mal à les croiser sans tressaillir. Que dire encore de ces chuchotements incessants qui parcourent les caves de la cité. Nul ne sait d'où ils proviennent et les Réprouvés m'ont dit que je finirai par m'y faire et ne plus y prêter attention. Je ne sais pas si cela est censé me réconforter...

Nous avons aidé quelques personnes, au détour de nos aventures dans la forêt des Pins Argentés. La peste est présente partout là -bas, les arbres sont à l'agonie et semblent hurler leur souffrance, à moins qu'il ne s'agisse de ce vent glacial s'engouffrant dans leurs branches... Partout, des cimetières et des tombes trônent le long des chemins. Quelques fermes sont habités par des créatures étranges n'ayant plus rien d'humain. Les Réprouvés se battent pour rendre leurs terres au moins un tant soit peu cultivables à défaut d'être fertiles. Des esprits rôdent dans cette forêt maudite pour peu que l'on s'écarte des sentiers gardés jour et nuit par les sujets de la Reine Banshee. En avançant vers le sud, un épais brouillard nous a soudain entouré. En un instant, nous n'y voyions plus à quelques pas. Obligés de nous tenir par la main, nous ne parvenions plus retrouver nos traces pour faire demi-tour. Tout à coup, nous avons entendu un hurlement perçant, et, en un éclair, un horde de bêtes nous a attaqué. J'ai tenté de ne pas céder à la panique mais à peine avais-je lâché la main d'Endal pour incanter un mot de l'ombre que l'un d'eux m'avait projeté à terre. J'ai vraiment eu peur mère, en le voyant ouvrir sa gueule infâme laissant apparaître la totalité de ses crocs aiguisés. Alors qu'il allait me dévorer, je l'ai vu se tordre de douleur, comme consumé de l'intérieur. Il a glappi tel un chiot et est tombé brutalement sur mon flanc me laissant face à face avec mon bienfaiteur. Comme père l'avait dit, Endal m'a protégée. J'ai appris par la suite que ce sort qu'il avait incanté s'appelle un exorcisme. En tout cas, il est rudement efficace à en juger par la douleur de la bête. Il m'a demandé si j'allais bien et nous avons continué à combattre. Tout est allé incroyablement vite, il s'est jeté sur les bêtes et les a pourfendues une à une tandis que je le protégeais avec mes mots de pouvoir sacré. J'ai bien peur, ma chère mère que la belle robe que tu m'as confectionnée ne soit tâchée à jamais par le sang de ces créatures. Une fois le combat terminé, nous nous sommes retrouvés devant un donjon lugubre qui n'avait rien d'accueillant. J'ai supplié Endal de ne pas y rentrer et il m'a écouté. Je pense que lui non plus n'était pas très confiant, surtout après notre mésaventure. Tu diras à père qu'autrefois Endal aurait foncé dans ce guet-apen sans se soucier du danger, mais pas cette fois. Je pense que s'il avait été seul il y serait tout de même allé, mais toutefois j'aime à penser qu'il a changé depuis que nous avons quitté Quel'Thalas.
J'ai apporté le collier que nous avions retrouvé à la Reine Banshee. Elle fut autrefois l'une des nôtres à la tête des gardes forestiers, mais tu dois bien entendu savoir tout cela. Quelle beauté elle dégage, même dans la non-mort elle reste d'une beauté froide sans pareil. J'aurais cru qu'elle serait émue à la vue du médaillon mais elle est restée de glace et a accepté le présent, j'ai pensé que c'était par simple politesse mais le soir même elle nous a fait quérir, Endal et moi. Après avoir renvoyé ses conseillers, elle nous a compté sa triste histoire, comment elle avait défendu notre belle cité et comment elle avait été tuée, puis relevée de la mort par Arthas. Elle ne s'est pas appesantie sur son rôle de banshee au cœur du fléau, et à vrai dire, je n'oserai pas le lui demander. Pour nous remercier elle s'est mise à chanter dans notre langue. Quelle triste chanson mère. J'en ai été émue aux larmes. Que vous avez eu du courage, tous, de rester et tenir bon face à cet ignoble envahisseur. Qu'il a du être dur d'entendre leurs coups fracasser les murs de notre cité. Comme vous avez été dignes et modestes de ne jamais m'en avoir parlé, de ne jamais vous être vanté d'être en vie encore aujourd'hui. J'ai depuis adressé de nombreuses prières à l'égard de nos frères morts pendant cette guerre. Je vous pardonne à tous les deux de m'avoir caché les secrets de cette guerre, tant ce souvenir doit hanter vos mémoires. Lorsqu'elle a entonné les premiers vers de la chanson j'ai vu le visage d'Endal se décomposer, comme s'il l'avait déjà entendue ou si ses paroles lui évoquait quelque chose de personnel. Tu sais comment il est, je n'ai pas pu en savoir plus mais il n'a pas dit mot des trois jours qui ont suivi. Je commençais à m'inquiéter lorsqu'au détour d'un chemin, il s'est mis à siffloter cet air joyeux que tu entonnais quand nous étions enfants. Nous avons rit en nous remémorant les bêtises que nous faisions à l'époque. Depuis, je suis rassurée.


Nous allons continuer notre périple : il nous a été demandé d'enquêter sur le mal qui rôde sur l'île de Fenris. Nous nous y rendrons demain. J'ai confiance en mes pouvoirs et en ceux d'Endal, nous ne risquons rien ne t'en fais pas. Je pense que la reconstruction de notre capitale doit être quasiment terminée car je ne doute pas de vos efforts pour lui rendre son éclat d'antan. J'aimerais tant la voir telle qu'elle fut autrefois et y dresser un banquet digne des plus grandes fêtes qu'ai connu Azeroth toute entière.

J'espère vous revoir bientôt et vous embrasse tendrement.
Anaria, votre fille qui vous aime.
"


CHAPITRE 3 : PREMIERS CONTACTS (flash back)

Un des gardes de Lune d'Argent, un brise-sorts équipé d'un immense bouclier rougeoyant et de sa lance à double-tranchant entra en trombe dans l'arcanum.
"Monseigneur ! Monseigneur ! Votre fille !" Il posa les mains sur ses genoux et repris son souffle en attendant une réponse.
"Quoi, ma fille ? Parle garde ! Qu'est-il arrivé à ma fille ?" le ton d'Earethas reflétait son étonnement de voir ainsi débarquer un garde dans son magasin. Il n'entretenait pas de bonnes relations avec ce nouvel ordre de gardes de Lune d'Argent. En réalité, tout le monde était au courant des tensions qui existaient entre les adeptes de la magie et ceux qui essayaient d'y renoncer tant bien que mal, les forestiers et le régent en tête.
"Nous l'avons retrouvée au bord de la mort, dans les ruines de l'ouest de la ville" annonça le garde d'une voix solennelle. Il savait qu'il s'adressait à un notable Quel'dorei et pour rien au monde n'aurait voulu que ses propos ne le mette en colère. Il avait vu, pendant les sombres heures de la troisième guerre la puissance des mages de sang et s'était juré de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de leur adresser la parole. Leur pouvoir dépassait l'entendement, et nombreux étaient les membres du fléau qui avaient terminé leur deuxième existence dans d'atroces souffrances, brûlés jusqu'aux os par les pouvoirs du feu des mages de Lune d'Argent. Les récits de ceux qui avaient survécu faisait état de la puissance incommensurable de leur Prince, mage de sang lui-même, qui aurait pris part à une bataille à dix contre trois-cents. Il avait fait jaillir des flammes du sol où se trouvaient les ennemis puis invoqué un phénix de flammes ardentes qui hurlait des cris perçants et dévorait tout être portant une arme dans un rayon de cent mètres.
La nouvelle qu'il venait d'annoncer pouvait en elle-même faire entrer n'importe quel père dans une colère sans limite. Ayant lui-même perdu un fils dans cette guerre, il ne le savait que trop bien. Il s'était juré sur le trajet qu'il conserverait l'air digne et fier propre à son peuple et à son grade, mais une fois en face du mage, il avait visiblement perdu ses moyens.
"Que dis-tu ? Elle était encore là il y a quelques heures. Ariandis ! Où est Anaria ? Où est-elle ?" hurla-t-il en direction de l'étage.
Sa femme se montra au balcon d'un air apeuré. Ses yeux d'un vert resplendissant témoignaient de son affolement en entendant son mari hurler de la sorte. Lui d'ordinaire si calme ne pouvait être dans un tel état que si l'un de ses proches courrait un immense danger. Elle ne l'avait jamais vu avoir peur, et pourtant, ils avaient tous deux fait face à l'incroyable violence des trolls cannibales et sanguinaires des années auparavant.
"Elle jouait dans sa chambre la dernière fois que je l'ai vue, elle ne semble plus y être. Que s'est-il passé ?" demanda-t-elle impuissante.
Sa mâchoire se serra à s'en briser les dents. Cette petite était tout ce qui leur restait. Elle représentait, à elle seule, l'espoir en une vie meilleure, une nouvelle vie de paix et de tranquillité comme dans les temps anciens où, protégés par le bouclier arcanique, Quel'Thalas était un royaume qui ne connaissait pas les conflits. Sa mort, il le savait, serait le coup de trop dans la suite d'événements qui se produisait depuis les dix dernières années. La chute du bouclier laissant leur royaume en proie à tous leurs ennemis, cette débâcle éclair face au fléau, la destruction de leur unique source de magie et maintenant Anaria, l'innocence même, la lumière grâce à qui lui et sa femme avait retrouvé une joie de vivre. Quel entité magique pouvait-elle s'acharner ainsi sur lui et son peuple ? Pourquoi le destin lui en voulait tant ?
"Toi, garde, tu dis qu'elle est à l'article de la mort ? Où se trouve-t-elle ? Qui s'occupe d'elle ? L'as-tu laissée se battre avec la mort pour venir ici, lâche ?" Ses doigts se crispèrent pendant qu'il abreuvait le garde de questions. Dans le creux de sa main, les énergies magiques affluaient, formant bientôt une petite boule de flammes ardentes menaçantes.
"Le garde qui l'a retrouvée la ramène à dos de faucon-dragon, il ne devrait plus tarder maintenant. Elle était très faible, mais encore vivante, du moins ce sont les propos qu'il m'a ordonné de vous rapporter"
"Il vaudrait mieux pour lui qu'il ne se trompe pas !" dit-il d'une colère désormais froide et cinglante en refermant sa main.
"Aussi, elle n'était pas seule, il y avait avec elle un autre gamin que je n'avais jamais vu ici auparavant. L'un de ces gamins déshérités je crois. Lui aussi est près à rejoindre l'autre monde." Le garde tremblait de peur en annonçant cette nouvelle. Pourquoi avait-il dit cela ? Quel intérêt cela avait-il ? Par excès de zèle il s'était mis dans une situation peu commode.
"L'a-t-il attaqué ? Serait-ce lui le responsable de l'état de ma fille ? Parle !" Les mains du mage s'agitaient de nouveau sous le coup de la colère.
"Je n'en sais rien grand mage. Tout laisse à croire qu'il en est responsable oui" se permit-il, pensant que rejeter la faute sur le gamin lui permettrait de ne pas faire de son propre fils un orphelin.
"Il le paiera de sa vie" déclara-t-il les sourcils froncés et les yeux éblouissant de colère et de puissance.
A peine avait-il terminé son serment que le second garde entra en portant Anaria dans ses bras. Ariandis qui avait assisté incrédule à l'effroyable colère de son mari descendit quatre à quatre les marches qui la séparait de sa fille au teint livide, les yeux fermés et la bouche béante.
"Anaria ! Anaria ! Qu'as-tu fait ma fille ? Non, je t'en supplie, reste parmi nous..." puis elle éclata en sanglots.
"Elle est en vie madame. Extrêmement faible mais en vie. Il lui faudra sans doute quelque mois pour recouvrer sa vitalité, mais dans une famille comme la vôtre la magie est puissante, nul doute qu'elle s'en sortira" déclara le garde en allongeant Anaria sur le divan de la pièce principale.
Earethas assistait à la scène sans trouver mot à dire. Un simple remerciement envers ce garde et ses propos rassurants auraient fait l'affaire. Mais il n'était déjà pas enclin à toute forme de politesse en temps normal, surtout envers ceux qui dénigraient la magie. En de telles circonstances il aurait pu faire un effort, mais son regard se portait sur sa femme à genou au chevet de sa fille agonisante.
La ressemblance était frappante entre les deux elfes, toutes deux d'un blonde éclatant, la silhouette fine de leur race était chez ces deux là à son paroxysme. Parfois il se demandait comment elles pouvaient tenir debout tant leur chair était mince. Il ne faisait aucun doute qu'Anaria serait plus tard aussi belle que sa mère, aussi rayonnante qu'un soleil d'été. Puisse-t-elle tenir jusque là ... Tout en elle rayonnait de joie. Elle était pétillante, espiègle, posait sans arrêt des questions sur le monde qui l'entourait. Cette curiosité l'avait poussée maintes fois à quitter la maison pour courrir les rues de la capitale en reconstruction. Elle passait des heures à regarder les ouvriers travailler, leur apportait parfois de l'eau ou leur chantait des chansons. Elle avait cette faculté à redonner le sourire au plus triste des Sin'Dorei. Quand elle était fatiguée de son spectacle, elle tirait sur la cape d'un garde passant par là et tendait ses deux grands bras fins vers lui. Il la prenant sur ses épaules et la ramenait tranquillement chez ses parents. Tous savaient de qui elle était la fille, nul besoin de lui demander son adresse.
Mais jamais, jamais elle n'avait quitté la cité. Cela lui était défendu, elle savait qu'au dehors s'étendait la malebrêche, cette cicatrice parcourant tout leur royaume du sud au nord depuis les Maleterres. Cette balafre infligée par Arthas pendant la guerre vomissait aujourd'hui encore son lot de pestiférés du fléau. S'ils ne représentaient pas une grande menace pour les forestiers postés devant Lune d'Argent, une petite fille passant par là aurait pu recevoir un coup perdu, surtout elle, si frêle et si fragile.
"Qu'allons-nous faire du jeune garçon ?" demanda le garde.
"Qu'on le laisse mourir, je n'ai cure de ces déshérités" répondit le mage d'un ton glacial.
Un souffle émana de la bouche de la jeune elfe, saisissant l'ensemble de la petite assemblée réunie dans l'arcanum.
"Non... C'est... moi... C'est... ma faute... J'ai voulu... le.. sauver... Ma magie... Une ponction..."
Aerandis fut transie devant ses propos. Sa fille, comment avait-elle pu faire cela ? Sacrifier son énergie arcanique au profit d'un inconnu, d'un gamin errant qu'elle ne connaissait pas. Nul doute qu'elle était bien la fille de son père. Ou du moins de ce qu'il avait été par le passé. Elle leva les yeux vers son mari, lui aussi ébahi par la révélation de le jeune Sin'Dorei.
Le garçon qui désormais étendu sur le sol devant l'entrée par le garde qui commençait à fatiguer déplia son bras droit et leva la paume de sa main vers le ciel comme s'il cherchait à en absorber une forme de magie. Il était en plein délire et imaginait le ciel comme une réserve inépuisable de mana.

Ses cheveux bruns contrastaient avec l'habituelle teinte blonde de ceux de sa race. Certes il existaient des hauts-elfes à la chevelure foncée, mais ils étaient rare, et il était fréquent que dans leur société élitiste, ces derniers soient mal considérés. Pour un enfant de son âge, il avait développé une musculature assez impressionnante même si son ventre et ses joues étaient creusés par la faim. Ses paupières ouvertes laissaient entrevoir ses yeux vitreux dont la teinte verte avait quasiment disparue. Une seule de ses pupilles brillait, signe que la vie l'habitait toujours. Earethas s'agenouilla et lui replia le bras sur son torse. Il lui saisit le visage entre deux doigts et inclina sa tête sur le côté, laissant apparaître sa joue gauche jusqu'alors posée sur le sol. Sa chair était dans un état de décomposition avancée, on pouvait apercevoir un os de sa mâchoire.
"Amenez-le dans la chambre, nous nous occuperons de lui".
Aerandis sourit devant la bienveillance retrouvée de son mari. Au même moment, sa jeune fille arbora, les yeux toujours fermés, son sourire enjôleur.

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