[Récit] L'étrange réveil de Walter Hope

Vie de la communauté World of Warcraft
Bonjour.

Je me permet une irruption sur ce forum débordant de créativité pour vous présenter la charmante histoire d'un écrivain vivant à Lordaeron, au règne du Roi Térenas Menethil.

Cette irruption sera aussi brève que vous le voudrez. Si il apparait clairement que mes torchons vous écœurent, je jure, sur le peu d'honneur que j'ai, de quitter ces lieux sur le champ !

D'avance, merci pour le temps que vous aurez perdu à lire.

***



L'étrange réveil de Walter Hope

"A mort !"

A mort disaient les jurés.

Mais savaient ils ce que c'était, la mort ? Savaient ils ce qu'est ce noir si profond qu'il semble s'engouffrer en vous comme une eau glaciale ? Songeaient ils aux jours, aux heures, au secondes que l'on compte, en attendant l'oubli ?

Il semblait préférable de mourir d'un coup, sans voir le noir venir, sans sentir la fuite monotone et sans hâte de la vie. Plutôt que de subir ce temps qui n'en finit pas de passer, jusqu'à ce que la corde rugueuse écorche la peau du cou. Cette insupportable attente qui était comme une sorcière insidieuse, tapis dans l'ombre de la geôle et qui répétait sans cesse, le verdict funeste.

A mort.

Le soleil se levait, le ciel était bleu, un oiseau au loin chantait, gaillard. C'était une belle journée qui se levait sur le donjon de Tirisfal. Et Walter ne pouvait l'admirer qu'à travers une meurtrière barrée d'acier sale, depuis sa cellule. Le jeune homme rêvait à ces vies qui l'ignoraient. Ces gens qui aujourd'hui se lèverait, heureux de voir si bel astre illuminer leur chambrée. Ces gens, Walter Hope ne les aimait pas. Il les trouvait niais, et au jour de sa pendaison, ce sentiment n'était que renforcé.
Tous aimait Terenas, le bon roi Menethil. Lui et sa grande citée de pierre morte, lui et son sourire bienveillant, lui et ses mots touchants. Le jeune homme passa une main sur son crâne, il était encore surpris de toucher la chair et non ses cheveux blond. On l'avait rasé, une humiliation parmi d'autres, car le bon Roi et ses apôtres n'aimaient pas la vérité. Les pierres de Lordaeron étaient muettes, et quiconque osait briser ce silence était mal vu.

Les gens d'ici n'aimaient pas le bruit, il n'aimaient pas les vagues. En fait, songeait Hope, ils n'aimaient pas réfléchir. Alors il était plus aisé de pendre un homme plutôt que de se fatiguer a penser. Se remettre en question était une tâche trop ardue pour les habitants de Lordaeron, leur Roi en tête. Leur Roi, en tête. Leur tête de Roi, qui pense pour eux, qui parle pour eux, qui agit, pour eux. Leur bon Roi Menethil qui, au lieu de porter l'habit cérémonial, devrait revêtir la fourrure et le bâton de berger. Pour ainsi guider son troupeau bêlant dans les trop verts pâturage où tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Où tout le monde est faux.

Trente et sept lignes pour deux mètres de corde et un gros nœud.
Trente et sept lignes, a Lordaeron, valaient la mort d'un homme. La sentence était pour Walter, la preuve que son pamphlet avait frappé juste.

L'oiseau au loin cessa de chanter lorsque retentirent les cloches de Lordaeron. C'était la mélodie du retour. Le criminel fronça les sourcils. Peut être le fils prodigue rentrait il ? Ah, oui, le temps passe si vite dans sa lenteur. Le Retour d'Arthas était prévu. Ainsi le Bon Roi aurait il la compagnie de son gentil garçon pour la pendaison de celui qui, un jour de bruine, brisa le silence des pierres.

Lorsque le bourreau, la main serrée sur le levier de potence, demanda au condamné si il avait une ultime déclaration, celui rétorquât, cynique :

" Je n'ai rien a déclarer, si ce n'est mon génie."
Paramort

Un prêtre, engouffré dans une large robe blanche ornée de sceaux de pureté et de fioritures sacrées, s'avança sur la potence. Il leva vers Walter une main fébrile, l'autre tenant un épais bouquins relié de cuir. Il articula le début d'une prière de sa voix fluette. C'était un jeune garçon, sûrement un initié. Hope lui adressa un sourire moqueur lorsque le religieux bégaya son sermon, puis lui coupa la parole, sous les regards outré des voyeurs qui composaient l'assemblée à la curiosité morbide autour du gibet.

- Mots pieux et visages dévots servent à enrober de sucre le mal lui même... Arrachez vos sottises sacrées à mes oreilles et flanquez les bien au fond de votre intimité cléricale.

Il avait prononcé cette phrase avec une détermination qui lui donnait l'air d'un dément. provoquant l'outrage générale dans le public bien-pensant qui attendait impatiemment la mise à mort. Le prêtre recula d'un pas, comme frappé de plein fouet par tant de hargne. Il n'osa pas regarder plus longtemps le condamné et tourna les talons en refermant son livre, faisant tout de même un petit signe à la lumière. Implorant certainement la clémence pour cet apostat.

les cloches avaient cessées de marteler la mélodie du retour. De nouveaux arrivants se déversaient dans l'enceinte de la Fossoyeuse où avait lieu l’exécution. Les catacombes sous Lordaeron portaient ce surnom funèbre à merveille. Elles étaient sinistre, froides et humides, elles suintaient la mort, comme si toute l’hypocrisie de Lordaeron trouvait ici son véritable visage. Hope jetait un regard perplexe au bourreau qui s'était éloigné de la potence pour s'adresser à un haut-elfe cintré d'une splendide tenue d'apparat. Il entendit quelques mots de leur conversation. Apparemment, le retour du prince Arthas s'était fait dans le plus grand bonheur, un banquet serait donné le soir même, peu après que la famille Menethil ai pu se retrouver entre elle dans l'intimité du château.

Walter imaginait alors les goinfres s'emplirent la panse avant de la frotter contre celle des femmes, aviné jusqu'à ce que le corps évacue ce surplus par le seul orifice d'une utilité éphémère, puisque les braves gens de Lordaeron n'utilisaient leur bouche que pour mentir et comploter. Il voyait son corps pendre au bout de cette corde qui, déjà à son cou, lui écorchait la peau, tandis que la belle communauté s’empiffrait dans la joie et la bonne humeur. Il voyait ses chers faux amis à son enterrement de mauvaise fortune, dans la fosse commune, si ils avaient le courage d'y aller, se pousser du cœur, pour être le plus triste, et se pousser du bras, pour être le premier, à refermer une poigne avide sur ses possessions. Il voyait déjà sa femme, sortant de son cimetière, entrant dans son enfer, quand s'accrocherait à son bras, le bras de son dernier, le bras de son quelconque. Il se voyait déjà, s'installant a jamais, bien au triste, bien au froid, dans son champ d'osselet.

Les pas lourds du bourreau revenant vers lui, le sortirent de ses songes sépulcraux. Il chercha du regard, celui de son légal assassin, qui lui refusa cet honneur. Walter Hope était déjà mort. Il n'existait plus.

La main gantée de l’exécuteur glissa brièvement le long du levier de la potence. Il suffisait qu'il l'abaisse pour que sous les pieds du condamné s'ouvre la trappe du royaume des ombres. Il allait le faire lorsqu'une série de cris retentissants interrompit son geste. L'homme tourna la tête vers l'une des entrées des catacombes. Des bruits étranges venaient des étages supérieurs. Des chuchotements retentirent dans l'assemblée, les bruits semblaient approcher. Walter fronça les sourcils, il en avait assez d'attendre la mort, impuissant. Le jeune homme aurait préféré mourir le plus vite possible, désormais. Pourtant, un destin farceur semblait s'amuser à retarder ce funeste sort. Des déflagrations dans les couloirs menant à la fossoyeuse firent sursauter les gens autours du gibet. Certains s’écartèrent des autres pour allez voir ce qui se tramait là haut. Le haut-elfe auquel s'était adressé le bourreau était en tête. Il déplaça son corps svelte d'une marche planante vers la grande porte qui séparait la fossoyeuse des couloirs où le bruit raisonnait. La porte gronda tandis qu'une nouvelle déflagration, beaucoup plus proche, la faisait trembler. Sans prêter attention aux gémissements de stupeur et aux mises en garde, le quel'dorei entrepris de tirer la poignée de la massive porte d'acier.

Un vacarme assourdissant envahit les lieux, des hurlements inhumains ricochaient contre les parois des catacombes, se mêlant à des son difformes, des plaintes tonitruantes, et des cris apeurés. C'était une véritable dé-symphonie du chaos qui s'engouffrait par l'ouverture. Et comme si ces son étaient matériels, une sorte de vague pourpre, surgissant du couloirs, emporta le haut-elfe dans une gerbe de sang que l'on distingua à peine entre les lueurs crépitantes et les énergies électriques qui se déversaient. Ce feu maléfique fut suivi d'une horde d'hommes et de femmes armés. Hope ne parvenait pas à distinguer grand chose depuis sa position, toujours pieds et poings liés, mais il aperçu, stupéfait et horrifié, une série de meurtres. Les troupes qui venaient d'enfoncer la porte attaquaient à vu qui-conque croisait leur regard. Homme et femme furent éliminés sans plus de cérémonie. En quelques secondes, la horde furieuse avait assiégée tout l'espace des catacombes. Les civils couraient de part en part de la grande salle circulaire pour se mettre aux abris, mais ils étaient inlassablement rattrapés par les coups de masse, d'épée, de hache. Le sang coulait au sol, formant bientôt des flaques dans lesquels les gens agonisaient.
Certains étaient comme happés par des fumées verdâtres, des sortilèges de magie-noires qui scindaient les airs dans un sifflement perçant. Walter ne distinguait plus rien de la cohue qui s'était formée. Il aurait trouvé l'endroit paisible avant cette folle irruption, désormais, c'était un champ de bataille. Le condamné chercha un moyen d'échapper à cette corde qui le retenait. La peur s'était engouffrée en lui, semblable à une eau glaciale. En tournant la tête, il vit son bourreau, les bras ballants, qui regardait, passif, la valse sanglante des corps mutilés.

- Détachez moi ! Cria Hope à l'adresse de l'exécuteur.

Celui ci ne réagit pas tout de suite. Il se tourna vers le jeune homme, catatonique, puis s'en approcha finalement sans vraiment savoir ce qu'il faisait. Il l'observa un instant, visiblement en proie à une réflexion intense.

- Détachez moi nom d'un chien ! Il faut fuir d'ici !


Le bourreau sembla se figer. Derrière lui la horde sanguinaire s'acharnait toujours sur les habitants, pourchassant les fuyards. Soudain, l'homme retira sa cagoule, fit glisser ses gants le long de ses doigts et entrepris de partir, laissant l'écrivain pamphlétaire à son sort de condamné.
Désespéré, Hope se mit à l'injurier de toutes ses forces, à le supplier, il hurlait à pleins poumons. Cinq minutes plus tôt, il avait accepté la mort, mais pas comme ça, se disait il.

Lorsque le bourreau tourna les talons, il se figea à nouveau. Walter ne discernait pas ce qui se passait, mais rapidement, l'exécuteur entra a nouveau dans son camp de vision, suivit d'une épée, braquée sur sa gorge. Au bout de l'épée se dressait un homme qui la tenait entre ses doigts gantés d'aciers sombre. Il portait une armure de plates du même ton, ornée de têtes de mort outrancières et qui dégageait une lueur nauséeuse. Le jeune homme ouvrit alors de grand yeux ébahis et terrifiés, l'homme en armure était désormais totalement visible, et il pu discerner les traits de son visage. Il n'avait pas de joue, sa chair pendait en lambeaux le long de son front, ses cheveux gras glissaient contre ses temps, son nez était dépourvu de peau, et ses yeux était creux, emplit seulement d'une lueur jaune sale.

Cet homme semblait être mort, mais sa vivacité était bien réelle. Hope tentait désespérément de se défaire de la corde, s'arrachant la peau, tandis que le cadavre vivant jaugeait le bourreau victime.
Une voix sifflante, frêle et pourtant forte, un timbre d'outre-tombe, fit entrer le jeune homme dans une sorte de torpeur. L''homme en armure s'adressait à l'exécuteur sans cesser de le menacer de sa lame, tournant la tête sur le coté, comme une bête sauvage face à une proie.

- Il te faut achever ta besogne, camarade. Fit il avec un sourire fou.

L'autre balbutia une série de demi mots incompréhensibles, après quoi le cadavre appuya sa lame contre sa gorge.

- Qu'est-ce que tu attends ? Fais ce que tu as à faire ...

- Non ! Attendez, je...
Commença Walter sans savoir quoi dire. Il lança alors, dans un élan désespéré, qu'il avait beaucoup d'argent, qu'il paierai pour avoir la vie sauve. A ses yeux perlèrent des larmes nerveuses lorsque l'agresseur éclata de rire. Ce rire. Ce Rire dément, comme une tornade où tangue inexorablement des débris de vie. Ce rire orné de lambeaux de chair s’agitant au rythme des spasmes de son corps déconfit. Ce rire odieux. Ce rire qu'il entendrait jusqu'à la fin de sa vie.
Une nouvelle pression sur la lame acculée contre la gorge du bourreau. Celui ci supplia un instant, tout en obéissant docilement. Sa main empoigna, fébrile, le levier de potence. Il l'abaissa.

La trappe s'ouvrit.

Le vide sous ses pieds, le choc de la corde arrêtant net la course de son corps vers le sol qu'il n'atteindrait jamais. La douleur de la strangulation, les supplices de l'étouffement, quelque chose dans sa nuque qui semblait sur le point de céder puis, le froid. Les images troubles du cauchemar des catacombes, les sons divaguant, s'éloignant. Les spasmes incontrôlables de ses membres. La bave à ses lèvres, ses yeux qui se désorbitaient. Les borborygmes de sa gorge enserrée. Le cœur qui s'éteint.

Le froid.
Le noir.
Le vide.

La mort.
J'invite tout le monde à découvrir l'histoire de Walter Hope où l'on finit pendu à ses lèvres...
Une fic' autour de Lordaeron comme on voudrait en lire plus !
Très joli style j'adore! Cependant je relèverais un petit anachronisme Loresque, que les aficionados de Warcraft3 ne contrediront pas : Arthas ne contrôle les morts-vivants qu'après avoir rassemblé le culte des Damnés, une fois sorti de Lordaeron après le meurtre de son père.

Quand il revient à Lordaeron, il n'a aucun mort-vivant avec lui, seulement quelques soldats lui étant demeurés fidèles.
Merci pour vos commentaires tout les deux ^^

Concernant l’anachronisme évoqué par Djbapt : Je me suis appuyé sur l'histoire de Falric (qu'on trouve très facilement sur google par ailleurs) où il est bien précisé qu'il est l'un des tout premiers chevaliers de la mort réanimés par Arthas.

J'ai extrapolé en pensant que si le prince félon était capable de dresser des champions du fléau, quelques morts-vivants de plus ne lui causerait pas trop de problème.

Ceci dit, c'est peut-être trop de contorsions et dans ce cas je m'en excuse mille fois :s

Amicalement, Moa.
Un obscur voile, ridé de temps, taché de sang, sembla glisser devant ses yeux, comme si une main invisible et toute puissante, l'avait soudainement tiré.

Il lui sembla alors qu'un millénaire s'était écoulé sans qu'il se souvienne de quoi que ce soit, à part une voix. Mille années de souffrances muettes, parcourues de frissons noueux qui ressemblaient à ceux des rêves. Tout ce temps durant, le vent avait soufflé, comme pour arracher le voile devant ses yeux. Comme si quelque chose au fond de lui hurlait, sans parvenir à se faire entendre.

Mais tout ça, tout ces songes... Étaient-ils réels ?

Il n'avait rien vu, rien entendu, pendant dix siècles. Pourtant, au fond de lui, les souvenirs dansaient avec les rêves, la réalité dormait dans son imaginaire. Il ne parvenait pas à dissocier la fiction du vrai, tandis que des bribes d'images remontaient à son esprit.

Il voyait, ou revoyait, des corps mutilés gisant au sol dans des lacs pourpres. Leur bide enflés par les gaz gastriques qui finissaient par déchirer la chair dans un claquement suintant. Il sentait la fragrance sépulcrale qui régnait en tyran sur des champs de batailles qu'il ne reconnaissait pas. Il touchait du doigt l'acier sale et froid qui mordait à pleine lame dans le corps de gens en face de lui. La peur lui adressait un sourire maternel, la mort l'étreignait dans ses bras de cendre.

Il n'y avait pourtant devant lui qu'une étendue pavée qui serpentait dans l'obscurité de la nuit jusqu'aux remparts d'une ruine éteinte.

Ces images morbides étaient-t-elles des souvenirs, la route pavée était-elle réel ? Walter se rendit compte qu'il était couché au sol, en position fœtale. Sur le pavé irrégulier qu'il discernait au plus près de lui, une petite araignée courait en cercles, comme paniquée.
Hope arqua un sourcil, perplexe. Il questionna son esprit embrumé sur la raison de sa présence en ce sinistre endroit. Sa seule réponse fut l'arrêt soudain de l'araignée, elle se figea un instant, comme pour l'observer, avant de reprendre sa course qui la porta hors du champ de vision de l'écrivain pamphlétaire.
Celui ci se redressa alors, il était courbaturé de toute part, son dos le faisait atrocement souffrir, et sa nuque aussi. Il fit craquer ses articulations tout en fermant les yeux en une grimace éreintée, avant de porter sa main à ses cervicales pour les masser.

Un sursaut parcouru son corps en même temps qu'il laissa échapper un hoquet de surprise. Ses doigts avaient rencontrés une surface rugueuse au lieu de sa peau. Son instinct lui commanda d'arracher ce corps étranger qui encerclait son cou. Mais lorsqu'il le fit, ses mains se serrèrent sur une épaisse corde. Un nœud étreignait sa trachée. Pire, lorsque Walter baissa les yeux sur la corde qui pendait, il se rendit compte que les mains qui la tenaient n'étaient pas les siennes, mais celles d'un cadavre. Des membres morts dont la peau blafarde affichait une teinte violacée, et qui tiraient sur la corde, comme animées d'une volonté propre.
Lorsqu'il prit la fuite, les mains lâchèrent la corde qui se mit a balloter au rythme de ses pas effrénés. Hope ne se retourna pas, il n'avait qu'une idée en tête : courir, courir si vite et si loin que rien ne pourrait le rattraper, pas même la mort. Il traversa des champs stériles, des fermes détruites, des ponts sous lesquels gisait un lit de rivière asséché, jusqu'à ce qu'un grincement sourd retentisse et résonne dans son esprit. Il s'arrêta, fiévreux. Son corps tremblait et il lui semblait qu'il transpirait à grosses gouttes malgré le froid qui assaillait ses entrailles. Tout ses sens en alerte, Walter jaugea un instant les alentours. La campagne dans laquelle il se trouvait paraissait déserte, un silence macabre l'entourait. Il regardait droit devant lui, les yeux écarquillés, soumis à une pression que jamais il n'aurait pût imaginer. Le temps était comme suspendu.

Surgissant avec une lenteur effrayante, le grincement se fit de nouveau entendre. Il approchait, lourd comme le marbre, comme une lamentation. La plainte de la trappe en bois sur laquelle il s'était un jour tenu debout, attaché et humilié. Puis, se mêlant à elle, un rire. Un sarcasme fou, des éclats de voix moqueurs. L’écrivain connaissait cette voix, cette hilarité funeste.

Soudain, le vide se fit sous ses pieds. Hope tomba un court instant, la corde stoppa sa course verticale, rompant ses cervicales. Il étouffait désormais, se balançant dans le vide tandis que les mains qu'il avait vu tout à l'heure réapparaissait, empoignant la corde pour l'écarter de son cou. Il tenta de crier, apeuré, mais sa gorge étranglée ne laissa échapper qu'un son vaseux tandis que perlait la bave à ses lèvres. Une brise glaciale l'envahit, il avait la sensation qu'on le plongeait dans un bassin remplit d'eau gelée. Sa vision se troubla à nouveau.

Walter Hope tomba au sol. Les yeux toujours grands ouverts, il se remémorait à présent les derniers instants de sa vie. La Fossoyeuse, le bourreau, l'assaut de la cohorte meurtrière, le mort qui vivait, et puis, finalement, fatalement, sa propre pendaison, qu'il venait de revivre dans sa tête.
Il resta allongé ainsi, les mains crispées autour de la corde à son cou. A aucun moment la fatigue ne l'emporta. Les ombres l'encerclaient comme une meute de loup, l'insuportable silence de sa tombe à ciel ouvert l'assourdissait. Il avait peur. Des sanglots soulevèrent sa poitrine. Il avait l'impression que le monde entier pesait de tout son poid contre son ventre tandis qu'un millers d'hommes poussait les paroies de son crâne. Il aurait voulu disparaitre, ne plus rien voir, ne plus rien sentir, rien entendre que la mélodie d'une eau clair. Il aurait voulu que tout cesse, qu'on le laisse. Mais le temps, ignorant son suplice, continua sa lente marche, sans que rien ne change.

Lorsque le jour se leva, l'écrivain sortit enfin de sa torpeur fiévreuse. Les pensées se chamboulaient dans son crâne. Il était mort, à n'en point douter, et ces mains blêmes, ces mains de cadavre aux ongles trop longs, étaient les siennes. Mais comment était-il conscient.
Lorsqu'il se redressa, Hope entreprit de s'observer. Ses doigts réagissaient aussi bien que ceux d'un vivant, cela lui paraissait pourtant impensable désormais. Il baissa la tête, et faillit tourner de l’œil lorsque son regard se posa sur deux pieds ravagés, privés chacun de deux tiers de chaire. Malgré tout, les os de ses orteils obéirent à la commande de son cerveau, s'agitant comme ceux d'un enfant.
Ses jambes quand à elles, étaient à moitié couvertes par un pantalon de toile marron, en lambeau. La peau de ses cuisses et de ses mollets était semblable à celle de ses mains. Pâle, presque translucide, parcouru d'entailles et de crevasses, comme le sol d'une terre desséchée.

Walter passa près d'une heure, seul au milieu de nul part, à analyser sa propre anatomie, comme on découvre une demeure. La douleur à sa nuque ne le quittait pas, comme si il n'avait pas finit de se balancer au bout de cette corde qu'il ne parvint d'ailleurs pas à retirer de son cou.
Il pensa d'abord qu'il était au royaume des ombres, puis qu'il était fou. La peur de ce qu'il était lui même écartait toute logique de son esprit nauséeux. Ça n'est qu'après une nouvelle journée d'errance, ponctué de crises de paniques et de dialogues muets avec le ciel, que le pendu songea à ce guerrier au visage de cadavre qu'il avait vu quelques secondes avant sa mort. Peut-être était-il devenu comme lui ? Walter marchait, seul le long d'une plage aux tons froids. Ses pieds dénudés de chaire laissaient de sinistres empruntes squeletiques dans le sable gris. Même les vagues semblaient fébriles, chétive au moment de s'écraser contre la rive, presque sans écume. L'horizon était plat. Dans ses pensées post-mortem, Hope remierciait inconsciemment la cohorte folle qui avait envahit les catacombes. Il espérait secrètement voir un jour le cadavre massacré de ses détracteurs. Ceux qui l'avaient accusé, jugé, et tué. Un fragment délabré de sourire illumina presque son visage tandis qu'il imaginait le tribunal baigné de sang. Et cette foule amassé autour de la potence, ces badots venus admirer un corps attaché à une corde. Hope les voulait morts. Tous. Pour ne plus entendre leurs messes-basses et...

Un nouvel éclair vint frapper sa mémoire.
Le Fléau. Il se souvenait de ce mot comme on se rappelle l'odeur du sang. Avant sa pendaison, tandis qu'il se trouvait sur la potence, il avait vu son bourreau discuter avec un elfe. Et à présent, alors qu'il répétait pour lui même chaque mot qu'il avait écouté, il en entendait de nouveaux. La foule entière chuchotait. Sur le gibet, il avait cru que les gens parlaient de lui, l'insultant dans leur bas murmures. Mais il revoyait désormais toute la scène mieux que lorsqu'il la vivait.

- Les morts se sont relevés.

- Des goules.

- Le Prince les a vaincu

- nécromants ...


Le Fléau. C'était lui qui s'était déversé dans les catacombes de Lordaeron le jour de sa pendaison. C'était le Fléau mort-vivant qui avait fait de lui cet abjecte monstre. Ce cadavre marchant, soufflant, ruant, suintant de cet étrange fluide vert qui parcourait son corps meurtri. Le Fléau avait coupé la corde, avant de le ranimer. Et le condamné à mort pourrait marcher sur le cadavre de son bourreau.
Walter comprenait qu'il était désormais de ceux qui tuaient les vivants. Ceux qui avaient très certainement massacré cette ordure de magistrat qui l'avait jugé. Ces créatures qui, en exterminant ses milles assassins, l'avaient vengé, avant de lui donner une nouvelle chance. Une renaissance. Il était troublé, perdu, souffrant, mais marchait désormais dans une direction précise. Ses pas ne le portaient plus comme le vent guide une feuille morte. Il savait où il allait.

Il cligna des yeux plusieurs fois, comme tous les matins, à l'époque où il se levait tôt pour écrire. Et il lui sembla paradoxalement que tout ce qu'il avait vu jusque là n'était qu'un rêve, et que, seulement maintenant, le réveil sonnait.

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